L’eau perdue de Saint Gengoux le Royal – 1

L’eau perdue de Saint Gengoux le Royal

 

 

« Faire de la France un pays exemplaire en matière de reconquête de la biodiversité« 

Constats et objectifs, 4 décembre 2012 (mis à jour le 18 décembre 2012), Ministère de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie (http://www.developpement-durable.gouv.fr/Constats-et-objectifs,30223.html)

Mais c’est le traitement réservé au bien commun qui dit la vérité de la démocratie et des institutions qui s’en réclament

Voyons un peu…

 

 

 

 

l’engrenage de la dégradation du bien commun

Saint Gengoux le Royal est devenu le National au XIXème siècle… Le premier nom – « Saint Gengoux le Royal«  – a été conservé pour marquer la différence chronologique presque exacte entre le long temps du respect de l’eau et la courte période de son saccage complet (depuis la réduction du ruisseau à un canal dans la traversée de la cité jusqu’au dernier projet de station d’hydrocarbures dans son lit mineur et la nappe phréatique d’accompagnement).

par ACG

 

 

«Dans nos pays de l’Europe civilisée où l’homme intervient partout pour modifier la nature à son gré, le petit cours d’eau cesse d’être libre et devient la chose de ses riverains. Ils (…) l’emprisonnent entre des murailles mal construites que le courant démolit; ils en dérivent les eaux vers des bas-fonds où elles séjournent en flaques pestilentielles; ils l’emplissent d’ordures qui devraient servir d’engrais à leurs champs; ils transforment le gai ruisseau en un immonde égout
Histoire d’un ruisseau, Elisée Reclus, 1869

1 siècle après la dénonciation d’Elisée Reclus, la Terre était encore en assez bon état. Il y avait encore place pour l’espoir. Mais de nouvelles agressions massives et les projets d’exploitation mondialisée avaient soulevé l’inquiétude et fait se lever partout le mouvement écologiste et d’autres mouvements critiques et alternatifs. Une cinquantaine d’années plus tard, la situation est dramatique.

Pourquoi les alertes n’ont-elles pas été écoutées ?

Comment l’aveuglement a-t-il pu progresser à ce point ?

Comment les profiteurs-pollueurs-destructeurs ont-ils pu s’affranchir de toute régulation ?

L’exemple d’un petit village, mais de longue histoire et qui avant d’être dégradé a, lui aussi, connu un éveil remarquable il y a 50 ans, peut peut-être nous aider à comprendre.

 

 

 

 

 

Sommaire première partie

Le ruisseau de Nolange  

Commentaires après début du chantier

Différentes appréciations

Avertissement

Une curiosité : la valse des noms opérée par l’IGN

  1. Promenade au fil de l’eau morte
  2. Historique des destructions majeures
  3. Des espèces protégées subsistent à grand peine
  4. Acqua incognita
  5. L’énigmatique saccage de 1983
  6. La loi des supermarchés
  7. Le ruisseau en termes de Droit
  8. Contournements et détournements de la législation sur l’eau (et insuffisance de celle-ci)
  9. Une pluie… et le ruisseau de Nolange réapparaît
  10. L’observation géomorphologique est confirmée par l’historique des inondations…
  11. L’oubli officiel de l’eau et des têtes de bassin versant
  12. L’importance de la perte et ses conséquences
  13. Les articles parus sur les mauvais traitements infligés à cette tête de bassin versant

 

 

Sommaire seconde partie

Le Montmarché

Le Vernay

Le Manon

Le ruisseau de… 

Le chirot 

La source de Montvallet

Le Ruisseau de l’Ermite


Stérilisation


Les pertes du bien commun


L’heure de la restauration

 

La démonstration par les photos aériennes


Documentation et bibliographie 

Sur l’eau perdue

La redécouverte de l’eau

Sur la ripisylve et le ruisseau comme biotope

DROIT

Et, à part Saint Gengoux le National, quelle politique de l’eau et de l’environnement en Bourgogne ?

Alain-Claude Galtié

avec le précieux concours de

Marcellin Babey,

Jacqueline Bridet,

Yvette Gressard,

Hélène Mondange,

Henri Moreau,

la Confédération des Associations de Protection de l’Environnement et de la Nature (CAPEN 71),

et l’aide de techniciens de l’Institut Géographique National (sauf le « service clients » !)

 

Hommage à l’association Villa Vallis qui, une génération auparavant, s’était investie dans la défense et la valorisation de la cité médiévale

 

 

 

février 2018

Pourrait mieux faire !

Que de surprises ! Car, comme de bien entendu, même si l’action du collectif de sauvegarde de Saint Gengoux semble avoir inspiré plusieurs avancées, personne n’a pris contact avec nous, ni pour avis, ni pour information.

 

Or, le chantier en cours démontre pleinement la justesse des démonstrations faites par le collectif (1).


Nous notons avec une petite satisfaction que « au niveau de la plateforme le ruisseau retrouvera l’air libre et son écoulement naturel » (la plateforme doit être le Pré A l’Agasse bouleversé par l’implantation du supermarché et du parking). Evidemment, il ne s’agira que d’un simulacre de ruisseau privé de son lit majeur, donc sans la diversité biologique qui pouvait être restaurée.


De même, le « 
diagnostic faune et flore mené sur l’ensemble du Ruisseau de Nolange depuis la route de Culles les Roches » (sans doute depuis les Champs de Nolange ?) qui « vise à faire retrouver le lit naturel au ruisseau en amont de la cité » n’est pas fait pour nous déplaire.

 

Mais, au fait, et le Ruisseau du Vernay dont l’eau était très prisée des Jouvenceaux qui lui attribuaient des vertus thérapeutiques ? Lui aussi a été saccagé, réduit à un fossé au bord de la Route du Creusot, lui aussi a été busé à l’occasion de la construction du remblais de la DDE (!) réalisé exactement dans le lit des ruisseaux… Va-t-il bénéficier d’un peu d’attention ?


Mais la confusion perdure entre le « cours d’eau » juridique (même morte et contenue dans une buse, son eau garde la qualité juridique de « cours d’eau » : Arrêt EARL Cintra) et le ruisseau vivant, avec ses végétaux, ses animaux, ses éléments nutritifs pour l’aval, ses ripisylves, etc. 


La réouverture par ci et la réhabilitation en amont ne font pas oublier qu’un ruisseau enterré dans une buse, même de 1200mm, n’est pas un ruisseau. Et que la restauration par tronçon n’existe pas. C’est mieux que la station-service aux cuves plongées dans la nappe phréatique qui était initialement prévue, mais cela devrait inclure un programme complet de restauration de la continuité des ruisseaux de cette tête de bassin, depuis les sources jusqu’à la Grosne.

 

Il est clairement dit que, dans la Rue des Tanneries, « la canalisation eaux pluviales (…) d’un diamètre de 1200mm permettra notamment de conduire le Ruisseau de Nolange et la Source de Manon« . Invraisemblable ! Réflexion de tuyaucrate déconnecté de l’eau et de la vie. On ne parle pas juridique là (2) ! Le Ruisseau de Nolange, qui déjà résulte de la réunion du Ruisseau du Vernay et d’autres rus, n’est plus un « ruisseau » dès qu’il est détruit, à plus forte raison conduit dans une buse. En cela, ce chantier viole une nouvelle foi la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques. En effet, c’est l’ONEMA, elle-même, qui a informé le Comité de Rivière des conditions du respect de la LEMA :

« le projet initial* ne prévoyait pas d’intervention sur le ruisseau, il n’était donc pas soumis à la loi sur l’eau.« , déclaration de l’ONEMA rapportée dans le compte rendu officiel du Comité de Rivière du 9 mars 2015 (page 14 : http://www.eptb-saone-doubs.).

Car toute intervention sur l’ancienne buse où l’eau a le statut juridique de « cours d’eau » entraîne l’application pleine et entière de la Loi sur l’Eau. Donc de la restauration du ruisseau à l’air libre.


Pour quand la réouverture de bout en bout de la cité
et la restauration de la continuité écologique ?

 

 

(1) https://renaissancerurale71.wordpress.com/

 

(2) rappelons encore qu’un cours d’eau enterré sur plus d’une dizaine de mètres meurt. C’est, par définition, un fameux obstacle à la continuité écologique ! A St Gengoux, plusieurs centaines de mètres sont busés. La Loi sur l’Eau serait muette pour une rupture de cette étendue ?

 

 

 

 

automne 2017, après le début du chantier

50 ans de destructions

Une quarantaine d’années d’information et de tentatives de sensibilisation, d’initiatives constructives, de résistances aux projets destructeurs. Et… rien n’y a fait. Les destructions n’ont cessé de progresser.

L’ancienneté de la défense du bien commun

Entre beaucoup d’autres curiosités, une révélation qui suscite beaucoup d’interrogations…

Le bien commun mis à nu

Comment la démocratie divorce d’avec le bien commun

Une quarantaine d’années car la dernière alerte pour l’eau, le patrimoine architectural, la vie de la campagne et du village (2007-2017), s’inscrit dans la continuité des actions qui l’ont précédées, au moins depuis 1973 :

« En 1973, un espoir naquit. Une association de sauvegarde et de mise en valeur se constituait, sous l’impulsion de quelques jeunes du pays. Grâce à l’impulsion de l’Union R.E.M.P.A.R.T., où sont affiliées les équipes qui ont sauvé également l’église du Puley et celle de Saint-Hyppolite, un chantier de jeunes bénévoles s’ouvrait en août 1973 et commençait le dégagement et la consolidation des remparts. Dans le même temps, des relevés architecturaux était commencés, afin d’avoir un programme d’ensemble permettant d’aboutir à une proposition permanente de sauvegarde. Cet effort se poursuivait en 1974, avec la restauration des voûtes d’une ruelle médiévale, quelques travaux aux remparts, et la poursuite de l’étude de la ville. (…) »

J.-P. Thorreton

Sites et Monumentsoctobre – novembre – décembre 1974 – n°68, revue de la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF), pages 34, 35, 36

RENAISSANCE VAUBAN A MAUBEUGE – CHARTRES – NANTES – ILE EN PERIL – SALIES-DE-BEARN – MILLAU-EN-ROUERGUE – SAINT-GENGOUX-LE-ROYAL.

C’est grâce à la ténacité d’une personne du collectif de sauvegarde que ce document a été découvert en 2016, au hasard d’une énième recherche.

L’ancienneté de la défense du bien commun

La découverte de l’antériorité, non pas d’une alerte, mais de plusieurs alertes similaires a été un choc pour les défenseurs d’aujourd’hui. D’un coup s’ouvrait une perspective de plusieurs dizaines d’années qui révélait beaucoup de choses, surtout sur ce qui avait été soigneusement caché. Cela rendait encore plus faibles et curieuses les objections relatives au non-engagement de la population actuelle. Surtout, cela mettait plus en évidence la duplicité de ceux qui dénigraient la nouvelle alerte pour la décourager. En 8 ans 1/2 de contacts et d’actions de sensibilisation, personne ne nous avait parlé de ce précieux témoignage. Ni de beaucoup d’autres choses, d’ailleurs. Pas même celles et ceux qui connaissaient très bien les informations qui auraient permis de mener une action plus efficace. Cela n’était, donc, pas seulement de perte de mémoire qu’il s’agissait, mais d’une omerta en rapport avec la dégradation d’ensemble ; à la fois cause et conséquence.

Car le long temps ne pardonne pas. Il montre les variations et les constantes. Il trahit les mensonges et les dissimulations. Il met en relief les évolutions et les régressions. Et, là, c’est d’une impressionnante régression qu’il s’agit.

Nous n’avons retrouvé trace que d’une association : Villa Vallis (dissoute en janvier 2006). Est-ce la même dont Jean-Pierre Thorreton a observé les premiers pas en 1974 ?

Plusieurs des actions de Villa Vallis :

– récupération et restauration de la Tour des Archers,
– projet de réaliser des jardins médiévaux entre la Tour et la Cité (une idée équivalente à celle proposée il y a 10 ans, sans connaissance de la première),
– opposition au projet de détruire les maisons de tanneurs,
– défense de l’îlot médiéval de l’Abondance menacé de destruction (pour faire un parking !),
– création d’une fête médiévale,
– création du marché de nuit,
– opposition au projet d’implantation d’un grand supermarché, avec services, entre la Tour des Archers et la Cité médiévale, etc.

Mais si l’action des dix dernières années correspond exactement à l’esprit des actions précédentes, elle s’est développée dans un contexte complètement changé (1).

…Au moins depuis 1973, car le mouvement observé par Jean-Pierre Thorreton n’est pas né de rien. La qualité et la force des actions qu’il décrit révèlent une préparation, probablement d’autres actions, et une longue prise de conscience. Déjà, une dizaine d’années auparavant, au début des années 1960, sinon dans les années cinquante, le projet de combler le canal du XVIIIème siècle où coulait le Ruisseau de Nolange dans la cité, et de détourner l’eau vidée de toute vie dans un égout, avait suscité une forte opposition (2). Et il est vraisemblable que le déplacement de la décharge municipale en haut du Vallon de Manon, de façon à polluer la source historique de la cité médiévale, ne s’est pas fait sans éveiller les critiques !

Depuis, plusieurs mouvements se sont succédé, parfois en ignorant les efforts de ceux qui les avaient précédés. C’est le cas du dernier collectif qui a presque lutté 10 ans. Mais rien n’y a fait !

Quand est né le dernier collectif, laproposition permanente de sauvegarde avait été moquée, méprisée et enterrée, effacée des mémoires. Comme le craignait JP. Thorreton, l’architecte du patrimoine qui témoignait dans la revue Sites et Monuments, presque tout ce que les uns et les autres voulaient préserver pour revaloriser l’ensemble de la cité médiévale et sa campagne avait été détruit avec application :

  • Le faubourg renaissance des Tanneries avec les maisons de tanneurs et l’ancien hospice aux colonnades,

  • l’enceinte du Couvent des Ursulines avec ses portes ouvragées,

  • un pâté de maisons médiévales remarquables proche de l’église classée, au coeur de la zone de protection (l’îlot de l’Abondance),

  • les ruisseaux avec leurs ripisylves au nord et au sud de la cité,

  • les fossés du mur ouest et le canal du XVIIIème siècle où coulait, depuis, le Ruisseau de Nolange dans sa traversée de la cité, etc.

démolis, dépecés, comblés, rasés, l’eau polluée conduite dans les égouts, dévastés. Sans s’étendre sur les innombrables dégradations du bâti traditionnel ! Une invasion de vandales n’aurait pu faire mieux.

Et les nombreuses sources, les ruisseaux, les mares, et leurs populations. Et les haies, et les chemins creux, et les bois, et la majeure partie de la campagne. Et, maintenant, un nouveau remblais est construit (parking et supermarché) au sortir du Faubourg des Tanneries dans le lit même du ruisseau sacrifié, détruisant du même coup le paysage, un espace naturel proche des habitations, une terre favorable au maraîchage – une richesse ! – pour en faire un dépotoir de banlieue.

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Entre beaucoup d’autres curiosités, une révélation qui suscite beaucoup d’interrogations…

L’association Villa Vallis avait déjà sauvé le même endroit (le Pré A l’Agasse) du même projet (avec le même promoteur) au début des années 1980. L’association avait mené différentes manifestations et, surtout, lancé une pétition qui avait recueilli 900 signatures – dans une commune de 1000 habitants ! Le succès de cette pétition est d’autant plus étonnant que beaucoup de ses signataires ont, cette fois, laissé faire et n’ont rien dit au nouveau collectif de sauvegarde, s’ils n’ont pas basculé dans le camp du promoteur.

Encore plus étonnant : suite à la pétition, les Bâtiments de France ont classé cet espace naturel, précieux à double titre, en zone protégée (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et PaysagerZPPAUP). Or, cette fois, les Bâtiments de France se sont bien gardés de répondre au collectif. Mieux encore, comme nous l’a précisé l’opposition municipale, pour autoriser la relance du projet repoussé une trentaine d’années auparavant, il faut donc que le Pré A l’Agasse où passe le ruisseau ait été déclassé de façon expresse, sans procédure (toujours longue), sans révision du POS et sans enquête publique !

Comment ?

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la progression irrésistible du désastre annoncé

La cité médiévale y a perdu toutes ses eaux vives (la raison même de l’installation des hommes dans ce lieu), l’essentiel de son caractère et presque toute sa biodiversité. Les anciens seraient épouvantés de voir ce qu’est devenu ce qu’ils avaient construit et su préserver.

La cité n’est pas tombée de Charybde en Scylla par hasard. Au début de la dernière action, il n’a pas fallu longtemps pour s’apercevoir que l’intérêt pour le patrimoine, pour les biens communs, était mal vu. Idem pour l’histoire récente : il n’y a pas eu transmission de la culture locale et de la mémoire des événements. Au contraire ! L’enquête de terrain a révélé la dissimulation (3). Si bien qu’il a fallu beaucoup de patience et de recoupements pour retrouver des traces de ce qui s’était passé il y a seulement 30 ou 40 ans, et moins ! Et encore, l’omerta a empêché la communication de documents et l’échange avec les prédécesseurs. Comme par hasard, cet entretien de l’ignorance cultive le décrochage des nouvelles générations et favorise la propagande des projets les plus nuisibles, telle cette implantation de supermarché dans le lit du ruisseau qui avait été repoussée par les précédentes mobilisations.

Le bien commun nu

Les prédécesseurs des défenseurs des années 2000-2010 n’avaient pas pu bénéficier d’autant de lois, de règlements, de circulaires encadrant l’action des fonctionnaires et des communes, et d’institutions dédiées. Mais on voit qu’avec beaucoup plus de protections apparentes le résultat est le même. Et même pire ! Deux exemples :

  • Début 1980, l’administration préfectorale, qui était sous l’autorité du ministère de l’environnement et en charge de la protection des ruisseaux, a elle-même supervisé la destruction du ruisseau au sud de la cité. Aujourd’hui, avec plusieurs lois de protection en plus, la même administration a appuyé le projet de station-service et de supermarché – avant de faire in extremis machine arrière sur la station-service.

  • Les Bâtiments de France avaient classé le Pré A l’Agasse après le succès de l’association Villa Vallis. Ils l’ont déclassé en dédaignant l’action du collectif de sauvegarde.

D’une manière générale, cette fois rien n’y a fait. Ni la nullité du permis de construire niant la présence du ruisseau. Ni l’information, ni les démonstrations et les projets alternatifs, ni les rappels à la loi… La loi ? La loi sur l’eau et les milieux humides (LEMA), la loi sur la biodiversité, les circulaires ministérielles, les recommandations de l’Europe, les injonctions des régions… Superbement dédaignées par tous, et d’abord par les administrations en charge de les faire respecter :

Ministère de l’Environnement,

Direction de l’Environnement de la Commission Européenne,

Bâtiments de France (la zone est classée),

Onema,

administration préfectorale,

SDAGE,

comité de bassin,

ZNIEFF,

DREAL et Continuité Ecologique,

Schéma Régional de Cohérence Ecologique,

Stratégie Régionale pour la Biodiversité,

etc.

D’abord motivés et même désireux de travailler avec le collectif, les techniciens de l’EPTB (Etablissement Public Territorial de Bassin https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tablissement_public_territorial_de_bassin) ont été aussitôt contrariés dans leur élan par les élus – tous (le retournement a été rapide et brutal). Les compétences de l’EPTB ont fini par avouer leur impuissance.

l’Agence de Bassin RMC a d’abord soutenu et publié deux articles, puis s’est totalement effacée en prétextant l’impuissance (http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7681/l-eau-perdue-de-saint-gengoux—-et-la-degradation-de-la-qualite-des-eaux-de-l-aval#.Wltelta4Bpo / http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7716/un-ruisseau-a-sauver-d-urgence–le-nolange#.WltgJNa4Bpo).

Même le Pays d’Art et d’Histoire a été détourné de sa vocation première par des intérêts hostiles à la préservation écologique et patrimoniale.

Toute cette armada impressionnante s’est évanouie d’un coup sitôt qu’il s’est agit de sauver le ruisseau et la tête de bassin versant – et l’eau de tout l’aval d’une pollution déjà importante et bientôt augmentée. Evidemment, cela pas faute d’information ni de compétence. Ces structures fourmillent de compétences et disposent de toutes les armes pour agir. Pourtant, la plupart des portes sont restées closes, les courriers sans réponse, les participations sans lendemain, et les rares interlocuteurs ont tous disparu (seuls, trois ont eu la correction de s’excuser en disant l’impuissance de leur institution à faire évoluer une situation bloquée) ! Unanimité et coordination. Comme s’ils obéissaient tous au promoteur.

A noter encore, l’incroyable carence des contrôles d’implantation des supermarchés qui auraient interdit cette réalisation à 300 mètres seulement des commerçants locaux, à l’entrée d’une cité médiévale, donc en la défigurant complètement, si la surface annoncée avait été supérieure de… 10 mètres carrés* ! La surface commerciale avoisine en effet les 1000 m², cela pour 1100 habitants (sans compter le parking polluant).

  • Car, en profitant d’une législation complaisante, la CDAC (Commission Départementale d’Aménagement Commercial) et la CNAC (Commission Nationale d’Aménagement Commercial) qui refusent ce genre d’installation dégradante pour le commerce local, le paysage et les milieux aquatiques, ont été shuntées.

Seul résultat de l’action, la station-service amphibie prévue dans la nappe phréatique d’accompagnement du ruisseau, exactement dans la zone la plus inondable, ne sera pas construite. C’était quand même trop gros.

Depuis la pollution de la Source de Manon par la décharge municipale placée exprès en haut de son vallon (et son abandon qui a fait entrer les intérêts privés dans la gestion municipale de l’eau), cela n’a été qu’un enchaînement de saccages profitables à des intérêts dissociés du bien commun, surtout étrangers au territoire (SAUR, Lyonnaise des Eaux, banques, grande distribution, Veolia…). Les uns préparant les autres.  Ainsi, en 1981, à la sortie sud, la destruction complète du ruisseau de la cité préparait l’implantation du supermarché à laquelle Villa Vallis s’est opposée avec succès… 1981–2017, jolie continuité qui laisse deviner l’étendue des alliances intéressées déjà développées à l’époque et entretenues depuis. Chaque nouvelle destruction aggravant la dévalorisation de la cité et de son environnement, aggravant l’oubli de ce qui a été, et l’ignorance, et la perte de conscience des habitants qui paraissent s’être accoutumés à cet enchaînement.

La différence est, en effet, spectaculaire entre l’intérêt pour le bien commun et la capacité de mobilisation manifestés dans les années 1970, encore dans les années 1980 (début du repli individualiste), et maintenant. Pendant les années 2000 et 2010, il a été extrêmement difficile de susciter un intérêt (fugitif) pour l’eau et ses milieux, pour les autres patrimoines aussi, donc pour l’identité et la vie de la cité médiévale et des alentours. La défense de la cité n’a réveillé aucune véritable volonté ; tout particulièrement chez les jeunes (inexistants) et les associations régionales et nationales (étrangement fermées, ou apathiques, ou hostiles ?) (4). C’est aussi pourquoi la découverte des mouvement précédents a beaucoup étonné les défenseurs d’aujourd’huisurtout le fait qu’ils étaient animés par des « jeunes du pays » ! Les nouveaux habitants et les retraités revenus au pays, lanceurs et animateurs de cette dernière alerte, avaient donc mis tout naturellement leurs pas dans ceux des désormais anciens des vieilles familles (quand ils étaient jeunes !).

Cela n’a pas empêché de nombreuses manifestations d’hostilité s’affichant sans complexe, fortes de l’apathie voire de l’assentiment de la plupart. Elles ont témoigné du développement d’un entêtement forcené à ravager les principales richesses de cette petite cité. Plus précisément, l’impressionnante série de destructions du bien commun condensée ici en une soixantaine d’années atteste d’une intensification sans précédent d’une prédation ne visant qu’à réaliser des profits immédiats au détriment de tous et de l’avenir.

Comment la démocratie divorce d’avec le bien commun

Malheureusement, le naufrage de cet endroit n’est pas simplement un mauvais exemple. Cette histoire condense les erreurs et les malfaisances développées à peu près partout pendant la même période, une soixantaine d’années – les « trente glorieuses » et la suite où les spéculateurs ont dicté la dérégulation économique, écologique et sociale, les politiques industrielles et les orientations technologiques, tout en faisant dire à des chiffres manipulés le contraire de ce qu’ils organisaient méthodiquement : le détournement de l’argent public et la mise à sac du bien commun, la spoliation des activités (5), et l’exploitation à mort du vivant – une authentique décroissance.

Il était encore possible de sauver, de réhabiliter et de relancer sur des bases saines. C’est ce qui a été plusieurs fois proposé à Saint Gengoux depuis les années 1970, et probablement avant. Mais, alors que, enfin, les vigies officielles s’aperçoivent de l’effondrement du vivant (populations aquatiques, amphibiens, insectes, oiseaux… *), cela du fait des mêmes pratiques poursuivies ici sans faillir, les solutions ont toutes été rejetées avec mépris – un mépris vertical – par des gens qui semblent ignorer la notion même de bien commun et plus encore ses dynamiques ; ou que, seule, leur « réussite matérielle » motive. Aucune marque d’intérêt pour leur propre environnement et son histoire, comme incapables d’appréhender l’ensemble du problème, ils se sont montrés indifférents à l’écologie, au patrimoine hérité de leurs anciens, et imperméables aux signaux d’alerte tout aussi puissants ici qu’ailleurs. Une incapacité qui trahit surtout un parti pris soudé par des intérêts à très court terme. Le plus remarquable est qu’il s’agit évidemment de la plupart de ceux qui briguent le pouvoir politique, et de leurs soutiens (évidemment, car ce sont eux qui ont décidé ou couvert toutes les destructions). En effet, depuis le sacrifice de la source historique qui alimentait la cité (Manon), le divorce du système politique avec l’intérêt général est quasi constant et l’on a vu, cette fois encore, la plupart des élus entraver l’action des institutions. 50 années d’alertes, de résistances, de démonstrations et de propositions n’y ayant rien changé, il est patent que ce système dérive parce qu’il peut être aisément détourné et ne comporte aucun réel moyen de régulation protégeant le bien commun. A plus forte raison parce que cebien communn’est pas une propriété exclusive des quelques locaux qui décident à la place des autres. Il est le bien commun de tous car ses effets bénéfiques s’étendent très loin de cette tête de bassin et que sa destruction est dommageable sans limitation de temps et d’espace.

*sur la raréfaction spectaculaire des insectes dans la région : Les guêpes témoins de l’effondrement ? 

https://renaissancerurale71bis.wordpress.com/2016/09/11/les-guepes-temoins-de-leffondrement/

En une dizaine d’années, le temps même de cette alerte, les populations se sont effondrées. Raréfaction et dégénérescence des papillons. Quasi disparition des libellules. Régression vertigineuse des insectes pollinisateurs. Il n’y a plus d’insectes attirés par les lampes le soir venu !

Dans ce village et alentour, seulement pendant les 10 années de la dernière action, il y a eu une chute spectaculaire des populations d’insectes et d’oiseaux – sans même se pencher sur le cas des habitants plus discrets de la campagne (6). Mais c’est bien pire sur le long temps des résistances maintenant connues ! On est pris de vertige en comparant la misère écologique d’aujourd’hui et la biodiversité d’avant le saccage du ruisseau dans sa traversée de la cité (début 1960), hier des écrevisses et des poissons partout, et aujourd’hui la disparition des guêpes durant tout un été. Les pertes apparaissent si considérables qu’il n’est pas exagéré de parler d’effondrement et d’une désertification faisant écho à l’autre désertification (commerciale, médicale, etc.).

Depuis une quarantaine d’années et plus, les luttes pour sauver cette cité médiévale et son écosystème ont évolué (ou plutôt régressé) comme d’autres alertes, comme celle de l’amiante et des autres polluants, comme l’alerte écologiste… Cela n’est pas une coïncidence. Comme avec les mobilisations villageoises, rien n’a été épargné pour que les alertes de grande ampleur échouent à faire entendre raison. Le parti du profit personnel et immédiat contre la vie a remporté chacune des batailles en bernant tout le monde, puis en s’efforçant de tout effacer derrière lui. Cela laisse peu d’espoir sur la possibilité d’une rémission. Seul un miracle pourrait sauver la situation !

L’exemple de ce bel endroit systématiquement saccagé révèle la déculturation et la prostration devenues communes, le bluff des protections institutionnelles et l’impossibilité d’empêcher la progression du désastre.

ACG automne 2017

(1) …en dépit des espoirs soulevés par la création d’un Pays d’Art et d’Histoire (entre Cluny et Tournus) qui, initialement, s’inscrivait dans le même élan, mais dont l’action a été entravée, en particulier le projet d’un Plan de Paysage pourtant lancé sur de bonnes bases – sans doute trop bonnes pour les intérêts qui saccagent le paysage (http://www.pahclunytournus.fr/documents/portal651/pah-diagnostic-indentification-du-vivant.pdf)

(2) Alors, entre autres vies précieuses qui, aujourd’hui, lui vaudraient un classement immédiat, le ruisseau abritait encore une population d’écrevisses à pied blanc (Austropotamobius pallipes).

(3) Dissimulation même des inondations, même les plus récentes figurant au Journal Officiel. Elles étaient carrément niées parmi les élus et leur entourage. Tout comme l’existence du ruisseau dans l’espace convoité par la grande distribution. « Jamais vu d’eau là ! » a osé affirmer un ancien en montrant l’emplacement du ruisseau sacrifié auprès duquel il avait vécu plus de la moitié de son âge, quand le ruisseau coulait libre et plein de vie. Mais, un peu plus tard, il avouera avoir été de ceux qui avaient voulu la destruction du ruisseau. Le ruisseau de son enfance, celui le long duquel il avait joué, où il avait profité de l’ombre de sa superbe ripisylve arborée, où il avait pêché, où il avait cueilli le cresson (devant la ferme de ses parents), celui que ses parents et les parents de ses parents, et une lignée de longue culture, lui avaient transmis en bonne santé, avec son eau bonne à boire, ses écrevisses, ses poissons, ses libellules… Comment cette rupture avec une culture séculaire et cette volonté féroce de destruction du bien commun avaient-elles pu naître, grandir et s’imposer ?

(4) A l’époque, Maisons Paysannes de France s’enorgueillissait d’être une composante du mouvement écologiste de la nouvelle gauche* (New Left). Mais pendant les 10 années de cette action, il a été impossible d’intéresser les héritiers des compagnons de l’époque à la sauvegarde du patrimoine et de son environnement. Ce seul décrochage dit l’importance du changement en moins de deux générations, et son sens !

* http://planetaryecology.com/1974-12-lettre-daline-bayard/

(5) dépossession des activités productrices autonomes (à commencer par l’agriculture, l’artisanat, le commerce), dépossession des « marchés » (comme ils disent)… Comme ils le font jusque dans les écosystèmes complexes, par exemple les forêts tropicales primaires : déculturation des populations, spoliation, écocide, réduction drastique de la diversité économique pour concentrer entre leurs mains au moins une partie de la multitude des échanges préexistants. Car la seule valeur économique des activités « durables » contrôlées par les populations est supérieure – bien supérieure –  à l’exploitation forcenée et à court terme. Ce qui, bien sûr, n’intéresse pas les prédateurs qui ne veulent que s’approprier même s’ils ruinent la planète.

(6) Démonstration de haine du vivant s’il en est, la plupart des nids d’hirondelles ont été détruits depuis les années 2000.

 

 

 

 

appréciations

2013 – Rachel Fabre, technicienne de l’Etablissement Public Territorial de Bassin Saône et Doubs, également coordinatrice du Contrat de Rivière

Une étude très utile que nous avons été très contents de découvrir. En effet, nous ne savons à peu près rien sur ce secteur car l’EPTB n’a pas les moyens de faire une recherche équivalente. Collaboration durable souhaitée. 

Aucune des erreurs, aucun des oublis relevés ensemble dans les documents de l’EPTB et du Contrat de Rivière ne sera corrigé.

Quelques mois plus tard :

(…) Malheureusement, ces destructions de milieux aquatiques ne sont pas spécifiques à la commune de Saint Gengoux le National, je le constate régulièrement sur l’ensemble du bassin de la Grosne. A titre personnel, je comprends totalement vos démarches, mais l’EPTB Saône et Doubs n’a pas pour mission de faire respecter la réglementation. Je n’ai aucun pouvoir pour bloquer les remblais de milieux aquatiques. Je ne peux donc pas vous aider dans vos démarches.

Quant au Contrat de Rivière, il ignorera superbement la tête de bassin.

 

 

 

2014 – Annick Bernardin-Pasquet, déléguée de la Fédération régionale Bourgogne Environnement Nature à l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse

J’ai pris le virus de l’eau depuis que je travaille sur le dossier St Gengoux (…).

Merci pour ce nouvel éveil à la vie

Il ne se passera pas trois mois avant un complet changement d’attitude… après son entrée à l’Agence RMC.

Plus de nouvelles, plus de réponse depuis.

Mais que leur font-ils ?

 

 

2015 – Marc Laimé dans Les Eaux Glacées du Calcul Egoïste (http://www.eauxglacees.com/)

Plusieurs années durant, en Bourgogne, un homme remue ciel et terre pour alerter administrations, politiques et ONG sur la destruction programmée d’une rivière. Il se heurte à un mur. A l’image des premiers chrétiens abritant leur foi dans l’église des catacombes, son carnet de bord nous révèle crûment l’état de l’écologie en 2014. Le bilan du difficile travail « associatif » (!) pour tenter de sauver l’eau d’une tête de bassin de Saône et Loire, au terme d’innombrables tentatives de communication avec des fonctionnaires, des représentants politiques, des associatifs…, est terrifiant. Ecologie année zéro.

 

Merci pour ce témoignage qui en rejoint tant d’autres non formulés aussi limpidement.
La rubrique d’Eaux Glacées nous invite à un commentaire : Mais que dire devant tant de « schyzophrénie et d’omerta » tellement les uns et les autres de ces petits appareils bureaucratiques de l’environnement se tiennent par la barbichette de l’incompétence croisée et de l’inaction criminelle pour préserver leurs prébendes ? Ce qui n’empêchera pas des dizaines (centaines ?) de millions d’euros d’argent public français de se déverser dans les forums mondiaux de l’eau (bientôt le WWF7 en Corée) et autres conventions environnementales internationales (biodiversité, entre autres).
Il est temps de sortir des catacombes !

Remarquable travail qui devrait inspirer tous les bureaux d’études, ingénieurs et techniciens de rivières… sans parler des élus !

Dire qu’on ne pourrait même pas ranger cette rivière au rang des rivières intermittentes.
http://www.irstea.fr/toutes-les-act…
Il faut vite avertir l’IRSTEA (Cemagref) de lancer un nouveau programme…

 

 

2017 – un expert de l’eau et de ses milieux

Un récit partant du grand Elisée Reclus qui raconte par le menu les atteintes portées aux milieux humides via le développement d’une urbanisation non maîtrisée. Un village construit en lien avec l’eau finit par voir disparaître zones humides et tête de bassin sans que les politiques de protection des milieux soient en capacité de faire quoi que ce soit. L’article est remarquable, clinique dans la démonstration de notre incapacité à agir malgré les discours.

Le cas n’est malheureusement pas isolé, il manque ailleurs les plumes pour le raconter.

 

 

Avertissement

Parce que la menace la plus immédiate concerne une section du lit majeur et mineur d’un ruisseau, l’attention de la plupart semble focalisée sur l’instant et ce lieu, oubliant l’histoire et l’ensemble auxquels ce moment et cette partie sont indissolublement liés. L’arbre cache encore la forêt. Car l’actuel projet de station-service, parking, supermarché dans le lit du Ruisseau de Nolange* n’est que le dernier avatar d’une dégradation de la vallée de Saint Gengoux commencée dans les années cinquante.

* Incroyablement, tout près, un autre ruisseau d’une autre vallée – l’Ermite de Saint Martin de Croix – est maintenant nommé Nourue par l’IGN !

Encore un effort et tous les ruisseaux alentour seront baptisés Nourue !

Là :

à l’entrée sud de la cité, à deux pas du centre-bourg (le point orangé)
 

Même si le projet nuisible en ce lieu était déplacé là où l’impact serait bien moindre, le problème essentiel : la dégradation avancée de l’ensemble des eaux et de l’écosystème, resterait entier. Or, c’est un problème aussi grave qu’ignoré, au regard d…

– de la biodiversité régionale et générale,

– de la qualité des eaux pour le local et tout l’aval du Bassin Rhône Méditerranée – mer comprise,

– du bien vivre des habitants et de l’attrait touristique,

et…

– de l’adaptation au changement climatique, et de sa limitation.

 

L’eau perdue de Saint Gengoux le Royal relève de la problématique « tête de bassin versant » dont la prise de conscience est en cours.

Par exemple :

« A l’extrême amont des cours d’eau, les têtes de bassin représentent notre « capital hydrologique ». Elles constituent un milieu écologique à préserver, habitat d’une grande biodiversité et zone de reproduction de migrateurs. Elles conditionnent en quantité et en qualité les ressources en eau de l’aval mais sont insuffisamment prises en compte dans les réflexions d’aménagement en raison d’un manque de connaissance sur leur rôle.

 

Souvent de bonne qualité, ces zones sont cependant fragiles et peuvent très vite se dégrader en raison des activités économiques qui s’y installent. Les impacts des diverses activités humaines (agriculture, sylviculture, urbanisation, tourisme…) sont mal connus et souvent sous-estimés. La solidarité de bassin est donc essentielle, en particulier à l’amont de prises d’eau couvrant des besoins stratégiques pour l’alimentation en eau potable et dans les zones humides reconnues en terme de protection des milieux écologiques (…)

 

Une des conditions essentielles à la mise en œuvre d’une gestion durable des rivières est la prise de conscience générale du rôle bénéfique que jouent les têtes de bassin pour l’atteinte de l’objectif de bon état et pour le fonctionnement du milieu aquatique en général. Ce bénéfice profite collectivement à l’ensemble des acteurs de l’eau à l’échelle du bassin. (…) »

 

extrait du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux du Bassin LOIRE-BRETAGNE 2010-2015

http://www.donnees.centre.developpement-durable.gouv.fr/SDAGE/sdage_2010_2015_approuve/orientations_P11.pdf

 

 

Une curiosité : la valse des noms opérée par l’IGN
carte IGN sur internet révisée en 2015 en introduisant bizarrement, ici en amont, le nom donné au ruisseau en aval, vers la rivière Grosne

Comme l’indique l’appellation de la rue qui le traverse et, plus haut le nom de sa principale source (la Fontaine de Nolange), le nom du ruisseau qui traverse la cité et a façonné la vallée est Nolange depuis le XIXème siècle, et non Nourue. Dans cette portion amont, un autre nom dont on a gardé trace est : Reuil Bertrand ou Reuil de Bertrand. Plus bas, dans le faubourg sud de la cité, là où étaient établis des tanneurs et vers La Gasse (nom que nous découvrirons plus loin), on disait Ruisseau des Tanneries jusqu’au début du XXème siècle. C’est le Ruisseau des Tanneries qui avait été détourné pour alimenter le bief du Moulin de la Boutière.

 

Nourue est un nom secondaire de l’aval donné sur le territoire du hameau de Nourue. Un autre nom de l’aval, près de la confluence, est Ruisseau de Mesceau, nom que porte aussi le moulin du secteur.

A l’origine de Ruisseau de Nolange, on trouve les appellations En Nolange et Les Champs de Nolange pour le haut du vallon où naît le ruisseau, sur le territoire de la commune de Culles (aujourd’hui : Culles les Roches). Ces noms figurent sur les plans cadastraux du XIXème siècle. L’appellation actuelle est Le Grand Champ de Nolange : http://adresse-francaise.com/street.php?i=71159B055

 

 

 

Au moins depuis l’arrivée des moines de Cluny au Xème siècle, la cité s’est établie aux côtés du ruisseau qui a creusé la vallée – aujourd’hui « le Nolange« . Elle s’est développée en lignes de constructions parallèles au ruisseau étagées sur les pentes du Mont Goubot. Historiquement et géographiquement, celui-ci est l’élément structurant de la cité et de sa campagne. Encore aujourd’hui, l’ensemble présente une cohérence indissociable du ruisseau et du relief de la vallée.


Mais, depuis quelques dizaines d’années, les nouvelles constructions ne s’inscrivent plus dans la continuité de cet urbanisme et sont en rupture avec la structure du paysage. Et cela n’a cessé de dériver. Lancés sans aucune évaluation préalable de l’impact sur l’environnement, les dernières réalisations et les projets actuels sont désormais autant d’agressions contre la cohérence de l’ensemble, par conséquent contre la structure et la bonne santé de l’écosystème – une tête de bassin versant, et, naturellement, contre le bien-vivre de ses habitants et l’avenir de la région.

Même depuis la disparition du ruisseau historique à la vue et à la conscience de beaucoup (il a été « busé » !), le promeneur attentif peut suivre son lit d’un bout à l’autre de la cité, et interpréter l’urbanisme et l’architecture qui ont été développés en fonction de l’eau et de ses sautes d’humeur.

 

 

 

1. Promenade au fil de l’eau morte

La cité médiévale de Saint Gengoux le Royal et les implantations précédentes ont été créées là en raison de l’excellence d’une eau coulant de tous côtés : les sources sont nombreuses, souvent captées et, aujourd’hui, tout aussi souvent oubliées et leur eau perdue. Donc une eau suffisamment abondante pour satisfaire les besoins d’une population alors plus nombreuse, mouiller les fossés de l’enceinte, « marécageux et herbeux« , et un moulin au bas de l’actuelle Promenade – avant un abreuvoir dont les anciens se souviennent. L’eau et la vie qui l’accompagne sont restées longtemps au coeur de la cité, au coeur de la vie, appréciées et respectées. Puis, avec la perte des communaux et de la compréhension des interdépendances constructrices de la cité et de la vie sociale – surtout depuis une soixantaine d’années – la culture locale a connu un renversement complet ; ou, plutôt, un effondrement. L’eau a été réduite à un élément physique sans vie. Elle a été réifiée au point d’être maintenant traitée comme une chose encombrante dont nul ne sait que faire – sinon un sujet de dégoût. Un enchaînement de négligences, de pollutions, d’abandons, d’enfouissements et autres destructions l’a refoulée dans les bas-fonds, comme un déchet à évacuer. Ainsi, là où, hier encore, il y avait abondance a été créée une pénurie. Celle-ci vient de se traduire spectaculairement par une aberrante et très coûteuse privatisation, sous prétexte de la dégradation de la ressource.

La pénurie a tout d’abord été écologique, environnementale, architecturale, etc. La perte de l’eau a été précédée par la disparition progressive de la vie dans l’eau et à ses côtés (poissons, écrevisses, mollusques, amphibiens, insectes, mammifères, oiseaux, cresson…), par la disparition de la végétation des rives de l’eau, par la disparition des ouvrages liés à l’eau, enfin par la disparition de l’eau à la vue de tous. Autant de pertes qui ont ôté à la cité médiévale la majeure partie de son sens et de son charme, et à la vie quotidienne beaucoup de son agrément. une véritable amputation. Avant d’entraîner la perte de son autonomie.

 

Comme à peu près partout ailleurs, l’observation de la vallée de Saint Gengoux le National révèle un cas exemplaire de la profonde dégradation de la plupart des paysages depuis les années cinquante. C’est, en effet, dans ces années-là qu’ont commencé les grandes destructions écologiques, et, parmi celles-ci, le saccage des têtes de bassin versant. Le cas de Saint Gengoux le National est, en tous points, exemplaire. Il démontre la quasi inexistence de la prise de conscience de cette destruction majeure. Dégradation des paysages, c’est à dire de l’écologie (l’eau, les plantes, les animaux, les sols…), dégradation de l’urbanisme et de l’architecture, dégradation des activités économiques (agriculture, artisanat, commerce), dégradation de la vie quotidienne, etc.

 

Comme en beaucoup d’endroits, bercés de paroles trompeuses, la plupart ont perdu de vue l’essentiel, lâché la proie pour l’ombre et contribué activement, ou par leur passivité même, à la dégradation générale. Sous le couvert trompeur d’une croissance de la consommation d’objets et de facilités accrues, en même temps que le développement du chacun pour soi contre les autres, de l’indifférence et de l’inconscience de l’environnement, les biens communs ont été sacrifiés.

 

Un cas d’autant plus exemplaire que la dégradation continue à marche forcée avec la connivence de toutes les administrations censées appliquer la législation et les politiques publiques de protection des eaux et de l’environnement.

 

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

La Fontaine de Nolange

photo ACG 2013

La cité médiévale est stratégiquement située au débouché de plusieurs vallons recueillant les eaux des monts alentours. L’endroit est une des « têtes de bassin versant » de la Grosne, une petite tête de bassin versant (environ 20 km2) du grand bassin Rhône-Méditerranée.  

 

Tête de bassin versant, en effet, car la dynamique des eaux de la commune correspond aux critères établis : le « rang de Strahler » de ses cours d’eau est égal ou inférieur à 2 et leur pente est généralement bien supérieure à 1%.

sur le rang de Strahler :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_de_Strahler


C’est donc un espace extrêmement important pour la diversité biologique de la région et des eaux de l’aval, mais cette importance est complètement ignorée par les habitants et tout autant négligée par les services administratifs et les organismes censés protéger au moins l’eau. Or…

« A l’extrême amont des cours d’eau, les têtes de bassin représentent notre «capital hydrologique ». Elles constituent un milieu écologique à préserver, habitat d’une grande biodiversité et zone de reproduction des poissons migrateurs. Elles conditionnent en quantité et en qualité les ressources en eau de l’aval. Ces milieux ne sont pas suffisamment pris en compte dans les réflexions d’aménagement, en raison d’un manque de connaissance sur leur rôle. Souvent de bonne qualité, ces zones sont cependant fragiles et peuvent très vite se dégrader en raison des activités économiques qui s’y installent. Les impacts des diverses activités humaines (agriculture, sylviculture, urbanisation, tourisme…) sont mal connus et souvent sous estimés »: fermeture des structures paysagères comme dans les tourbières, reboisements massifs artificiels des versants en résineux, drainage des sols dégradant la fonctionnalité des zones humides

Présentation d’un SEMINAIRE TECHNIQUE DE LA PLATE-FORME « EAU, ESPACES, ESPECES »

« Zones Humides et Têtes de Bassin Versant » de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne

A propos de l’oubli des têtes de bassin :
Les altérations physiques en têtes de bassin versant sur les régions Bretagne – Pays de la Loire. A la recherche d’« aqua incognita »
Rémi Nguyen Van, 2012
http://www.onema.fr/IMG/pdf/2012_013.pdf
(voir la bibliographie)

 

 

Cependant, ces défaillances désormais identifiées ont attiré l’attention des autorités européennes, comme nous l’a confirmé la Commission Européenne :

 

(…) La Directive cadre sur l’eau fixe des objectifs environnementaux ambitieux en matière de qualité de l’eau et des écosystèmes aquatiques.

 

L’évaluation de la mise en œuvre de la DCE établie par la Commission à la fin de l’année 2012 confirme  effectivement que beaucoup reste à faire pour atteindre ces objectifs dans l’ensemble de ces Etats-membres. Je vous invite à consulter cette évaluation sur notre site Internet à l’adresse suivante :

 

 

et en particulier l’analyse de la situation en France :

 

 

(…) la Commission est particulièrement vigilante à la façon dont la France remédiera aux défaillances identifiées dans l’évaluation mentionnée ci-avant, en particulier dans la mise en œuvre des premiers plans de gestions (SDAGE et programmes de mesures) et dans l’élaboration puis la mise en œuvre des seconds plans de gestion qui doivent être adoptés d’ici la fin de l’année 2015 et qui feront l’objet d’une consultation publique en France à partir du 19 décembre et pour une durée de 6 mois.

Principaux obstacles à l’écoulement des crues et à la continuité écologique des cours d’eau de Saint Gengoux le National (d’après la carte IGN) : près de 3 kilomètres de cours d’eau enterrés

 

l’espace de la tête de bassin versant comprend la cité médiévale en totalité

S’ajoutant à ces obstacles physiques, les recalibrages, le piétinement et la pollution par les troupeaux, la pollution chimique des traitements viticoles achèvent de ruiner cette tête de bassin versant de la Rivière Grosne (Bassin Rhône Méditerranée). Une forte contribution au mauvais état des eaux et des écosystèmes de l’aval.

 

…de l’aval jusqu’à la Méditerranée. Un petit rappel :

La mer méditerranée se vide de ses poissons

http://www.notre-planete.info/actualites/2781-extinction_poissons_Mediterranee

Saint Gengoux le National contribue activement à cette dégradation depuis l’établissement de sa décharge brute en amont de la source historique de la cité, il y a soixante ans. Le projet d’établissement d’une station-service en fond de vallée s’inscrit exactement dans la ligne d’une aggravation de la dégradation.   

 

 

 

a – Vallon du Nolange

depuis les sources (vers les Hermites) jusqu’à la DDE

Saint Gengoux le National – son eau perdue 

 

photo ACG 2013 

 

Le ruisseau de Nolange 

(autrefois : le reuil de Bertrand)

Reuil signifie simplement ruisseau. On le rencontre souvent sous la forme rueil.

 

 

Il naît dans le vallon situé à l’Est de l’ancienne voie romaine de Tournus à Autun, aujourd’hui route du Creusot dans cette portion. A son origine, plusieurs sources, dont une « fontaine » principale.


Témoignage de l’excellent état biologique des lieux et de la qualité de l’eau il y a peu, les gens de La Sachette (sur le Mont Goubot) allaient y puiser leur eau potable, et les anciens se souviennent des écrevisses (à pattes blanches : Austropotamobius pallipes). Aujourd’hui, en dépit de l’importance de l’endroit, rien n’y est protégé et l’eau claire prisée par les écrevisses est devenue fangeuse sous le piétinement des troupeaux et leurs déjections.


La presque totalité du vallon (probablement une prairie humide dans le talweg) est devenue un pâturage sans aucune protection de l’eau vis à vis des bovins et des chevaux qui piétinent tout (les sources, la fontaine principale et le marécage, les rus). Hors quelques rares et pauvres bouchures (les haies) ayant échappé à l’arrachage, la végétation des bords de l’eau (ripisylve) a été presque entièrement détruite. De ce fait, les abords de l’eau sont partout piétinés et boueux, et même quand elles ne sont pas produites directement dans la zone humide de la source et du ruisseau, les déjections des animaux sont lessivées par les pluies jusque dans l’eau. Il est remarquable que les éleveurs, qui sont les principaux auteurs de ces dégradations, ignorent qu’elles sont préjudiciables à leurs animaux. En effet, la consommation d’eau polluée par les excréments les expose à différentes maladies.


L’aménagement ancien de la fontaine principale (en pierre) a également été détruit. 

La Fontaine de Nolange vue depuis la route de Culles les Roches

Saint Gengoux le National – son eau perdue 

photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue 

 


photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue 

 

photo ACG 2013

Sur ces photos, on distingue la végétation d’une zone humide ; là où affleure la nappe d’accompagnement du ruisseau

 

 

h – Le Nolange pendant une période pluvieuse

entre la Fontaine de Nolange et le Bourg Hameau

photo ACG 2013

 


photo ACG 2013

 


photo ACG 2013

 


photo ACG 2013

 

Rectiligne, la plus grande partie du lit du ruisseau paraît avoir été recreusée en fossé pour occuper le moins d’espace possible et drainer la prairie. Après la traversée du Champ de l’Etang (souvenir de celui qui occupait autrefois ce lieu), le Nolange a été récemment réduit à un simple fossé de drainage pour contourner à angles droits un remblai construit exactement en travers de son lit : le parking de la « Direction Départementale de l’Equipement » ! A noter que la DDE stocke là, au bord du ruisseau, la réserve de sel pour traiter les routes en hiver.

 

Le Nolange vers le remblai de la DDE

photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue 

 


photo ACG 2013

 

 

 

 

 

 

photo SR 2014

 

Après une vague pluvieuse montée de la Méditerranée, comme de plus en plus souvent, le Ruisseau de Nolange reprend son cours naturel par dessus le remblai de la DDE. Remarquable : à droite, le petit hangar abrite la réserve de sel pour le déneigement. Dans quel but entreposer du sel en un tel endroit ? Là, à proximité du ruisseau, même quand celui-ci ne déborde pas, le sel est lessivé par la pluie.

 

                                                                                                                                                                                                     

 

 

 

 

 

photo SR 2014


photo SR 2014

 


photo ACG 2013

 

Le remblai de la DDE précède un monticule correspondant au dépôt des ordures locales jusqu’aux années cinquante, lequel a manifestement été créé au plus mauvais endroit : dans une partie étroite de la vallée (la Croix de Rimont) et dans la zone d’expansion des ruisseaux (il y en a deux qui se rejoignent précisément là), jusque dans le lit mineur ! Déjà un signe précurseur des destructions qui allaient suivre et une première cause de celles-ci. Egalement un problème premier pour l’amélioration de l’assainissement nécessaire à Saint Gengoux *. Cependant, ce dépôt ne crée probablement pas d’autre nuisance que l’empiétement sur le lit des ruisseaux, car il contiendrait essentiellement les cendres des chauffages d’autrefois.

* par exemple, les eaux de ruissellement polluées par les herbicides municipaux répandus dans les rues (même le pied des arbres en est arrosé) s’en vont polluer la nappe phréatique.

 

b – Le Nolange, de la DDE au Bourg Hameau

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le Nolange réduit à un fossé le long du remblai de la DDE


photo ACG 2013

 

Depuis l’entrée de la DDE, l’ancienne décharge municipale (créée dans le lit des Ruisseaux de Nolange et du Vernay !) et la bretelle entre la route du Creusot et la route de Culles les Roches. Dans le trou, le Nolange et le Vernay.


photo ACG 2013

Après le second angle droit, le Nolange côtoie le Vernay qui vient de traverser la route du Creusot dans un tuyau. A cet endroit, l’eau boueuse du Nolange atteste déjà des dégradations de l’amont. Les deux ruisseaux sont conduits parallèlement dans de vulgaires fossés de drainage et traversent une petite route dans des tuyaux séparés. Fossés et tuyaux constituent des obstacles infranchissables pour la plupart des espèces subsistant aux abords des ruisseaux. En outre, ils sont trop petits pour contenir les eaux d’une grosse pluie : le 10 juin 2008, l’eau d’un seul orage a inondé le pré derrière le remblai de la DDE et submergé celui-ci, et la route du Creusot, avant de poursuivre.

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

La route du Creusot, le Vernay après sa traversée de la route, et le Nolange contournant le remblai de la DDE


photo ACG 2013

photo SR le 4 novembre 2014

après la pluie, mais déjà en décrue depuis 8 heures (+ 30 cm au plus haut ce jour-là)

 

L’Est du vallon est couvert de bois, mais la route de Culles les Roches en sépare la majeure partie de l’accès au ruisseau. Comment se passe la probable migration des amphibiens depuis les bois vers ce qui reste de zone humide* ?

* une zone humide non répertoriée, elle aussi.
Saint Gengoux le National – son eau perdue
Le Vernay et le Nolange avant l’entrée de la DDE 
Nol_025


photo ACG 2013

Déjà, le saccage des ruisseaux commis à l’occasion de la réalisation du remblais DDE* dit tout de la perception de l’eau dans la région. Toute la vie qu’elle abritait, à laquelle elle est utile, est devenue gênante – indésirable. L’eau, elle-même, n’est plus regardée que comme un élément encombrant dont il faut se débarrasser au plus vite. Quasiment une pollution dans le nouveau décor ! La compréhension du vivant semble s’être éteinte il y longtemps.

* La DDE est un service chargé depuis longtemps de protéger l’eau !

 


photo ACG 2013

 

 

 

 

 

 

photo SR 2014

Comme le révèle l’herbe toujours couchée, après avoir traversé le remblai, le Ruisseau de Nolange (qui a été rejoint par le Ruisseau du Vernet) est repassé à l’air libre par dessus le premier tuyau (très petit) de son enterrement sur 1 kilomètre

 

Les deux ruisseaux sont ensuite déversés (chute et nouvel obstacle) dans un fossé qui les détournent pour éviter une grande réserve d’eau. Celle-ci est faite de simples remblais très pentus étanchéifiés avec des feuilles en plastique. L’eau est captée par pompe pour remplir la réserve. Le débit minimum du cours d’eau et le maintien de l’étiage sont-ils respectés ? En plus du pompage mécanique qui semble alimenter la réserve, la construction en entonnoir, l’absence de protection et l’ouverture à l’air libre favorisant l’évaporation et la pollution, soulèvent quelques questions.

Saint Gengoux le National – son eau perdue
La pointe du champ du Bourg Hameau, du côté de la réserve d’eau

photo ACG 2013

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le même endroit 15 jours plus tard : la végétation a été coupée rase « pour faire propre »


photo ACG 2013

 


photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue

La réserve d’eau du champ du Bourg Hameau


photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le champ du Bourg Hameau et le Nolange dans un fossé de drainage


photo ACG 2013

                                                                                                                                          

 

 

 

 

photo LA 2014

Avec les pluies continuelles du 4 novembre 2014, le Ruisseau de Nolange reconquiert tout le fond de vallée

 

Dans le champ de maraîchage situé entre la réserve d’eau et le Bourg Hameau, le cours d’eau a aussi été réduit à un fossé de drainage parfaitement rectiligne. Il semble même que, à partir de ce champ, la majeure partie du cours d’eau ait été enterrée car, juste à la lisière du Bourg Hameau, il apparaît divisé en deux : de droite arrive un filet d’eau à découvert et, à gauche, un gros débit coule d’un tuyau.
Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le début du Bourg Hameau et la disparition du Nolange


photo ACG 2013

 


photo ACG 2013

 

photo SR 2014 pendant la décrue

A partir des premiers bâtiments du Bourg Hameau et de la disparition de l’eau sous la cour de la menuiserie, dans une longue buse trop petite*, le Nolange subit des violences plus grandes encore.
* le 10 juin 2008, l’eau a inondé le champ et submergé le remblai et la menuiserie
, et abondamment mouillé tout le fond de vallée.

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Brève réapparition du Nolange dans le Bourg Hameau. Vue depuis le pont de la Rue du Ruisseau de Nolange, dans le Bourg Hameau.


photo ACG 2013

Dès l’entrée dans la cité, la faiblesse du débit, qui ne correspond guère à celui observable en amont, incite à soupçonner l’existence d’un (ou de plusieurs) captage(s) dissimulé(s)

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Vers le Sud, côté cité médiévale, nouvel escamotage du Nolange transformé en égout sur 800m.


photo ACG 2013

i – Le Nolange après un orage

Depuis le pont de la Rue du Ruisseau de Nolange


photo ACG 2013

 


photo ACG 2013 

Le Nolange ne réapparaît que quelques dizaines de mètres plus loin, entre les maisons. Il coule alors dans un canal cimenté avant de disparaître à nouveau dans une buse également trop petite (démonstration le 10 juin 2008 quand le ruisseau est passé par dessus le pont avant de s’écouler dans les rues). Le ruisseau ne réapparaît à l’air libre que dans le Pré de la Tour des Archers, environ 800m plus loin, 800m en égout sans une seule ouverture ! 

 

c – Canal du Nolange et fossés médiévaux

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Rue des Fossés, en contrebas du parapet actuel, le parapet du canal du XVIIIème siècle que l’on distingue sur la carte postale ci-dessous.


photo ACG 2013

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Les deux parapets en direction du Donjon.

photo ACG 2013

…et l’ancienne vue de la Rue des Fossés où l’on distingue le canal où coule le Ruisseau de Nolange depuis la fin du XVIIIème siècle

Sur cette photo, on voit plus distinctement le canal du Ruisseau de Nolange en contrebas du parapet de la rue

 

Aujourd’hui, les fossés de la cité médiévale, sans nulle trace du cours d’eau auprès duquel celle-ci a été édifiée


photos ACG 2013

Sous le gravier du trottoir élargi, le Ruisseau de Nolange

 


Dans la seconde partie du XVIIIème siècle, déjà, les Fossés bas de la muraille et leur vie aquatique semblaient ne plus plaire. Un spéculateur local (un certain sieur Baudement) en profita pour se faire attribuer l’essentiel de l’espace des larges fossés en échange de la construction d’un canal étroit pour y contenir le ruisseau de Nolange (l’eau seule, sans sa flore, sans sa faune). Déjà un recalibrage ! Et u
ne perte de vie considérable pour le réseau hydrographique et la vallée, et une première perte d’un bien communal avant beaucoup d’autres. C’était le premier acte d’une longue suite de réductions du lit du ruisseau, de sa diversité biologique et de la qualité de son eau ; un ruisseau de moins en moins regardé comme un bien commun et de plus en plus convoité par les spéculateurs avides du moindre bout de terrain.

 

C’était encore trop d’eau et de nature, trop d’espace perdu pour les bétonneurs ! En 1962, sous prétexte d’insalubrité (a), le canal et le Pont des Fainéants ont été entièrement recouverts (sans doute aussi le pont de la Porte du Bourg Hameau – anciennement Porte de Bertrand). C’était une mise à mort pour le Nolange (il suffit de recouvrir un cours d’eau sur quelques dizaines de mètres pour y faire disparaître la vie), donc un appauvrissement pour toutes les eaux de l’aval, jusqu’à la mer. Rue des Fossés, on voit toujours le parapet intérieur du canal en contrebas du parapet actuel. Dans la Rue des Tanneries, le Nolange fut canalisé (côté droit en allant vers le Sud).

Entrée de la cité médiévale par le faubourg ouest (Route de Joncy), avant la construction des hangars aux toits d’amiante-ciment

Le Pont des Fainéants depuis le faubourg ouest, vers La Promenade. Remarquer la largeur du pont, également la triple rangée d’arbres de « La Promenade » (il n’y en a plus qu’une)

Au pied du Donjon, le vestige le plus remarquable de l’ancienne enceinte, le Nolange canalisé (depuis la fin du XVIIIème) et le pont

Devant le Donjon, le Pont des Fainéants et le canal du Ruisseau de Nolange depuis la Promenade

Après le saccage

Même sur place, on a peine à croire que le blockhaus commercial soit la belle maison classique du XIXème au bord du canal… Mais si !

Au ras du trottoir, on voit encore les linteaux des fenêtres du premier niveau désormais enterré.

Comment une telle défiguration a-t-elle pu être réalisée au coeur même d’un site classé, juste devant le Donjon de l’ancienne enceinte ?

 

Cette façade saccagée est au tout début de la Rue des Tanneries qui part vers le sud en suivant le tracé naturel du Ruisseau de Nolange

Tanneries… A lui seul, ce nom est parlant. Il dit qu’au moins un ruisseau coulait là et que son débit ne devait être ni irrégulier ni insignifiant. Il dit aussi que le ruisseau ne s’est sûrement pas volatilisé même si on ne le voit plus.

A la même époque, un petit lavoir aurait aussi été détruit, de même qu’une fontaine se trouvant là où a été implanté le nouveau poids public, au début de la Rue de la Tuilerie.

1962, annus horribilis pour la cité médiévale (b). Ce ne sera pas la seule.

 

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Plan du quartier des Ursulines au début du XIXème siècle (le Sud est à droite)

la Rue des Tanneries part vers la droite depuis le carrefour (G) 

Récemment encore…

Au bas de La Promenade, le Couvent des Ursulines et les maisons du début de la Rue des Tanneries forment un ensemble remarquable

A partir de la ruelle perpendiculaire à la Rue des Tanneries que l’on voit au bas du plan précédent :

 

– le canal du Ruisseau de Nolange et les belles maisons du XVIIème siècle qui figurent sur ce plan du début du XVIIIème siècle :


A partir de la ruelle perpendiculaire que l’on voit sur le plan précédent :

– les belles maisons du début de la Rue des Tanneries et le canal du Ruisseau de Nolange.

Ces maisons ont été détruites il y a peu, au début des années 1980, sans aucune nécessité et sous un prétexte futile, déjà sans écouter les défenseurs du bien commun (municipalité de Jacques-Albert Ruste) ! Cela s’est donc fait bien après la prise de conscience des années soixante, dans une période où le patrimoine architectural était désormais épargné depuis une génération – épargné et restauré.

La cité n’était-elle pas déjà classée ?

Il est remarquable que ces destructions aient été commises dans la même période qu’un autre saccage tout aussi incompréhensible, du ruisseau celui-ci, au bout de la même rue.

 

Sur la gauche, trois belles maisons, que l’on devine encore sur cette photo, ont été détruites avant la Seconde Guerre Mondiale.

Comme on le voit et comme en témoignent les anciens plans, toutes ces constructions caractéristiques, le canal, le pont, etc., constituaient un ensemble précieux pour la cité médiévale (classée).

Aujourd’hui… C’est bien le même endroit que montrent les deux cartes postales précédentes !

Désormais, le lieu est aussi attrayant qu’une zone de banlieue.

 

A moins de 300 mètres, le Pré A l’Agasse traversé par le ruisseau et qui est à nouveau menacé par la construction d’une station-service (exactement dans le lit mineur !) et d’un supermarché.

 

Remarquable : les nouvelles constructions ne sont pas seulement en rupture avec le style de la cité médiévale et avec son urbanisme, elles sont de plain-pied, comme la petite maison sur la gauche et même la maison de retraite (à droite), alors que les anciennes architectures présentent toutes un niveau d’habitation surélevé. Une excellente raison à cela :  l’endroit – en fond de vallée – est exposé aux submersions (crues éclair). Tout ici témoigne d’une perte complète de la culture du lieu, de sa riche histoire et de la connaissance de son environnement.

 

Toutes les amputations évoquées et beaucoup d’autres encore que nous ne pouvons rapporter en détail ici* témoignent d’un véritable dépeçage du patrimoine naturel et architectural de la cité médiévale depuis deux à trois générations. En n’oubliant pas la destruction de la Source de Manon et du Ruisseau de Nolange, Saint Gengoux a donc subi une perte inestimable. Une perte très importante aussi pour l’activité économique de la cité qui, cela se comprend, en dépit d’un urbanisme médiéval remarquable et de beaux restes en péril, attire peu les visiteurs et ne les retient pas. C’est, d’ailleurs, depuis ces funestes années 1980 que Saint Gengoux le National a gagné un supermarché et perdu une quarantaine de commerces (boutiques, cafés, restaurants, au moins 3 auberges…). Ainsi, en une trentaine d’années (début 1960 – années 1990), Saint Gengoux le National a perdu pour très longtemps toute chance de devenir une cité attractive par son histoire et son patrimoine préservé, un centre d’intérêt et d’activités touristiques.

* un îlot médiéval intra-muros aussi grand que remarquable (Rue de l’Abondance, dans les années 1990 !), des murs anciens, les trois beaux portails des Ursulines, des pièces d’architecture…

Sur le cadastre de la cité médiévale au XIXème siècle, au bas de la cité, on voit distinctement le Ruisseau de Nolange suivre la ligne de l’enceinte : la Rue des Fossés, rejoindre un bassin à côté du Donjon et partir au sud dans la Rue des Tanneries
http://www.archives71.fr/arkotheque/consult_fonds/fonds_seriel_resu_rech.php?ref_fonds=3
 

(interroger : « Saint-Gengoux-le-Royal »)

 

 

 

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2. Historique des destructions majeures

 

juin 2016
L’affaire de Saint Gengoux ne cesse de gagner en épaisseur et en exemplarité. L’histoire de la formation de la vallée, l’histoire de l’implantation des hommes et de la formation de la cité, la situation rare d’une vieille cité dans l’espace d’une tête de bassin versant, la brutalité des destructions récentes et, justement, les dessous de l’histoire contemporaine – pas seulement locale – qui commencent à se dévoiler, tout en soulevant de nouvelles questions…
 

  
Sites et Monuments
octobre – novembre – décembre 1974 – n°68, revue de la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF), pages 34, 35, 36

Saint Gengoux-le-Royal
à découvrir…

Saint Gengoux-le-Royal, cité médiévale…
Aujourd’hui, Saint-Gengoux-le-National, à l’écart des grands itinéraires routiers, entre Chalon-sur-Saône, Cluny et Tournus, offre au visiteur qui a su le trouver une structure qui n’a que peu évolué depuis le Moyen-Age, du moins en son centre. Cité à découvrir, elle l’est à de nombreux titres.
La première visite est un étonnement constant ; l’oeil passe d’une fenêtre à meneaux à une échauguette, d’une maison à pans de bois au clocher, roman comme il se doit.Les visites suivantes n’en sont pas moins riches en découvertes et, à chaque fois, de nouvelles « trouvailles » viennent s’ajouter à ce que l’on connaissait déjà.Avant de parler plus longuement de cette ville si riche, et qui laisse malheureusement sommeiller ses trésors, il serait bon d’évoquer quelques points d’histoire.
Si l’existence de Saint-Gengoux à l’époque gallo-romaine n’est pas fortement attestée, elle apparaît en revanche, en 950, dans une charte de l’abbaye de Cluny.
C’est Louis VII qui donna aux habitants de Saint-Gengoux l’autorisation d’élever des fortifications. Ce droit fut confirmé en 1200 par Philippe Auguste. Douves et murs d’enceinte protégeaient alors le château et son donjon, édifié en 1206. Celui-ci, qui aurait été flanqué de quatre tourelles, fut rasé sous Henri IV. L’enceinte fortifiée comptait quatorze tours reliées par le chemin de ronde. A l’intérieur de la ville, de nombreuses tours et maisons à échauguettes complétaient le système de défense. Système d’ailleurs peu efficace, puisque Saint-Gengoux n’a jamais su résister à aucun siège.
Des quatorze tours de jadis, seules deux subsistent *, au nord, reliées par un rempart qui se prolonge à l’ouest.Les règnes de Charles VIII et de Louis XIII virent l’extension du bourg, avec l’apparition de rues « corporatives » : rue des cordiers, rue des bouchers, rue des chapeliers, rue des tanneries, etc.
En 1789, on comptait 1 449 habitants à Saint-Gengoux. Il en reste environ 1 100 aujourd’hui.
La structure de la vieille ville n’a que peu évolué depuis l’époque médiévale. Quelques adjonctions malheureuses, bien sûr… Quelques réparations, plus utiles qu’esthétiques ont été faites ici et là, mais l’essentiel subsiste. Des maisons se sont adossées aux fortifications, s’y sont même parfois incrustées. Mais l’essentiel est là, pour qui sait voir et admirer.
En 1973, un espoir naquit. Une association de sauvegarde et de mise en valeur se constituait, sous l’impulsion de quelques jeunes du pays. Grâce à l’impulsion de l’Union R.E.M.P.A.R.T., où sont affiliées également les équipes qui ont sauvé également l’église du Puley et celle de Saint-Hyppolite, un chantier de jeunes bénévoles s’ouvrait en août 1973 et commençait le dégagement et la consolidation des remparts. Dans le même temps, des relevés architecturaux était commencés, afin d’avoir un programme d’ensemble permettant d’aboutir à une proposition permanente de sauvegarde. Cet effort se poursuivait en 1974, avec la restauration des voûtes d’une ruelle médiévale, quelques travaux aux remparts, et la poursuite de l’étude de la ville.
La tâche est immense et ingrate. Les plus beaux joyaux, les monuments du XIV°, du XV° siècle, les plus abondants, sont des propriétés privées auxquelles les jeunes n’ont pas accès, le travail bénévole ne pouvant s’effectuer qu’au bénéfice des communes et collectivités publiques. Une maison du XIV° siècle devait pourtant devenir le siège de l’association. Pour des raisons mal déterminées, la vente au franc symbolique qui devait avoir lieu n’a pu aboutir.
Plus grave encore, des démolitions sont actuellement envisagées. En particulier celle de l’hospice, qui abrite les anciens de Saint-Gengoux. Magnifique bâtisse du XVII° siècle, qui se trouve face à un ancien couvent de la même époque, servant aujourd’hui de foyer rural. L’ensemble, qui est situé à l’une des entrées de la ville, est très homogène. La mairie, qui semblait vouloir adopter une politique de conservation et d’entretien des édifices anciens, a pourtant accepté immédiatement le projet de démolition. L’architecte des Bâtiments de France ne pouvait qu’en faire tout autant et donnait son accord à un projet fade, sans style, sans proportions et sans caractère. Il était pourtant facile de conserver le bâtiment actuel, en l’agrandissant sur l’arrière, ce qui était alors invisible et permettait de résoudre le problème posé par l’extension. 
La démolition de cet édifice serait un premier pas. Comme dit le proverbe : « c’est le seul qui coûte ». Partant de là, tout peut arriver, et ce joyau qu’est Saint Gengoux, qui ne demande qu’à se révéler, risque de disparaître morceau par morceau. Déjà, il y a deux ans, un remblaiement qui devait cacher les remparts, a été évité de justesse. Aujourd’hui, la menace est plus grave. C’est un choix qui doit être fait.
J.-P. Thorreton 
*
Il en est une troisième, à l’ouest, qui est une tour-porte avec un beau passage voûté. Quadrangulaire, elle est peu connue car, privée de sa couverture, elle ressemble à une grosse maison.
(…) ce joyau qu’est Saint Gengoux, qui ne demande qu’à se révéler, risque de disparaître morceau par morceau…
C’est le pire qui a été réalisé ! Toutes les destructions redoutées ont été exécutées, et d’autres encore, tout aussi dommageables. Et, maintenant, de nouveaux projets catastrophiques sont défendus pied à pied.

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Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le ruisseau des Tanneries (côté gauche de la Rue des Tanneries) : appareillage pouvant appartenir au canal du ruisseau qui était utilisé par les tanneurs.

Saint Gengoux le National – son eau perdue

A gauche de la Rue des Tanneries : une mare

photo ACG 2013

Dans la même Rue des Tanneries, les anciens et un texte* attestent qu’un autre ruisseau – ou une partie détournée de la source de Manon – coulait côté gauche après être passé sous l’ancien Couvent des Ursulines (aujourd’hui Foyer Rural). Dans l’entrée arrière de ce bâtiment, une trappe donnerait accès à un escalier menant à une pièce où coule l’eau. Le ruisseau alimentait ensuite un petit lavoir aujourd’hui disparu et passait sous des maisons – dont au moins un atelier de tanneur (lots n° 551, 526, 527 et 528 du plan NOL_043.JPG). Actuellement, l’eau coulerait toujours sous les maisons, et, plus loin, sous la route.

* sur les obligations de nettoyage liées à l’activité d’un tanneur

 

L’hostilité presque générale à la cause de l’eau et des biens communs nous a empêché d’en savoir plus.

 

A une cinquantaine de mètres du Foyer Rural en allant au Sud, dans le grand jardin d’une maison récente (lot 529 du plan précédent), il y a une mare (naturelle ?) et, en contrebas du muret bordant le trottoir, un ancien chemin de larges pierres plates pourrait être un aménagement du bord de l’eau.


Toujours Rue des Tanneries, jusqu’au début des années 1980, au niveau de l’actuel parking de Gammvert, le Nolange traversait pour longer la pente de la Grande Terre où est aujourd’hui construit un lotissement. Les deux ruisseaux devaient probablement se rejoindre à cet endroit. Des anciens se souviennent y avoir vu des poissons.

 

D’après une carte d’Etat Major du XIXème siècle et, mieux, d’après un plan cadastral du hameau de Nourue datant de 1827 *, la Rue des Tanneries suit le Nolange jusqu’au carrefour avec la Rue de Longemeau et la Rue du 19 mars 1962 en direction de Saint martin de Croix. Ensuite, le tracé du ruisseau correspond au tracé du GR 76, avant de rejoindre le moulin de La Boutière, à hauteur de l’Est du lagunage actuel (moulin aujourd’hui disparu). Le Nolange obliquait, alors, vers l’Ouest et rejoignait le Chirot, le ru de Montvallet et l’Ermite réunis en amont du Moulin de Foulot. Mais ce tracé n’est déjà plus le lit naturel du ruisseau. C’est le bief du moulin.

Sur cette photo prise le 20 septembre 1945, de gauche (au milieu) à droite, entre la sortie sud de la cité médiévale et le moulin de Foulot (milieu droite), comme un Z étiré, la ligne de végétation la plus fournie – qui s’écarte de la route prolongeant le faubourg – est la ripisylve du canal de la Rue des Tanneries et du bief de l’ancien moulin de la Boutière. C’est le cours modifié du ruisseau de Nolange que l’on voit ensuite rejoindre les ruisseaux de Chirot et de l’Ermite, à droite et en bas de la photo avant le moulin de Foulot.

Au-dessous, la ligne de végétation moins fournie, qui rejoint la ripisylve précédente, suit le talweg. C’est le lit naturel du ruisseau de Nolange.

photo ACG 2013

Le début du tracé du bief du moulin de la Boutière et un vestige de la ripisylve de 1 kilomètre détruite en même temps que le ruisseau, en 1983. Le peu qui subsiste permet de se représenter l’ampleur du saccage.

Les anciens se souviennent qu’à cet endroit, dès la Rue des Tanneries et tout au long de son cours aval, le Nolange était poissonneux.

 

Aujourd’hui, c’est seulement sur la fin de son parcours, à partir du Hameau de Pontot, que le ruisseau* retrouve une ripisylve 

* depuis le Hameau de Nourue jusqu’à la Grosne, le ruisseau se nomme tantôt Nourue, tantôt Mesceau, du nom du moulin de ce tronçon

Saint Gengoux le National – son eau perdue

Le remblai de GammVert (ex-Jardinat) contruit sur le lit du Nolange,

le pré où passe le ruisseau (busé) et où la municipalité voudrait construire un supermarché, un parking et une station-service,

la Tour des Archers (classée),

et le Mont Péjus (classé Natura 2000).

photo ACG 2013

Au-delà du bitume (remblai de l’actuel magasin GammVert), notez la qualité du paysage et la Tour des Archers, qui témoigne de l’histoire de la cité royale fortifiée au XIIIème siècle



 

 

 

 

 

 

 

 

Derniers témoins de la tête de bassin versant,

3. Des espèces protégées subsistent à grand peine

 

Faute de temps et, il faut bien le dire, d’aide*, nous n’avions pu faire un vrai travail d’identification de la faune et de la flore.
*
plusieurs refus de ceux qui en savent plus

 

Heureusement, la SHNA (société d’histoire naturelle et des amis du muséum d’Autun) est venue à notre secours en nous indiquant 2 vaillantes espèces survivantes identifiées dans la tête de bassin versant de Saint Gengoux

 

Agrion de Mercure, une petite libellule bleu 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cuivré des Marais, un papillon

 

 

 

 

deux espèces caractéristiques des prairies humides, ruisseaux, mares…


Nous les connaissions mais n’avions pas réalisé leur importance.

Autres habitants remarquables de la tête de bassin versant :

– le papillon Bel-argus (Lysandra bellargus), aussi Azuré bleu céleste,

– le Nacré de la Sanguisorbe,

– le Lézard Vert,

– le Hibou Petit Duc,

la Huppe Fasciée,
– la Pie Grièche écorcheur 

 

 

Cela nous rappelle la stupéfaction devant les réponses de l’EPTB (établissement public territorial de bassin) de la Rivière Grosne, et de l’ONEMA, quand le collectif et le Pays d’Art et d’Histoire entre Cluny et Tournus (1) les ont alertés de la destruction d’une mare préservée au Mont Goubot (2).

 

De bout en bout, les services officiels censés appliquer la loi sur l’eau et les milieux humides (LEMA) ont manqué à leur rôle à Saint Gengoux le National.

 

S’il en était besoin, la présence de quelques espèces résiduelles nous dit que la tête de bassin versant mérite beaucoup plus d’attention qu’il ne lui en est accordé.

 

le contexte…

Onze espèces de libellules sont menacées de disparition en France


Sur les 89 espèces de libellules présentes en France métropolitaine, onze sont aujourd’hui menacées de disparition, alerte l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dans sa Liste rouge nationale parue ce 30 mars. Ces nouveaux résultats sont publiés en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Deux espèces ont déjà disparu (Leste enfant et Leucorrhine rubiconde). Treize autres espèces sont quasi menacées.

 

« La situation préoccupante rencontrée par bon nombre d’espèces reflète les atteintes faites aux zones humides, qui constituent leurs habitats naturels », préviennent l’UICN et le Museum. Ces zones humides (cours d’eau, étangs, mares, tourbières) forment le milieu de vie de ces espèces et sont « indispensables » au développement de leurs larves. (…)

 

Et, parmi celles qui sont le plus en danger : l’Agrion bleuissant qui est très proche de l’Agrion de Mercure que l’on trouve encore dans la tête de bassin de St Gengoux.  

 

 

(1) Charte architecturale et paysagère du Pays d’Art et d’Histoire entre Cluny et Tournus, chapitre « Identification du vivant », page 41 :

http://www.pahclunytournus.fr/documents/portal651/pah-diagnostic-indentification-du-vivant.pdf


(2) (…) En ce qui concerne la destruction de mare, ou plus généralement de zone humide, il y a deux types de règlementation, qui malheureusement ne s’applique pas dans le cas présent :

 ·         La nomenclature des opérations soumises à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-3 du code de l’environnement La rubrique 3.3.1.0. stipule que « l’assèchement, la mise en eau, l’imperméabilisation, le remblais de zones humides ou de marais » : 

o   Est soumis à autorisation si la zone asséchée ou mise en eau est supérieur ou égale à 1 ha ;

 

o   Est soumis à déclaration si la zone asséchée ou mise en eau est supérieure à 0,1 ha (soit 1000m²), mais inférieure à 1 ha.

 

Þ la mare de Saint Gengoux est en dessous des seuils de déclaration et d’autorisation, elle n’est donc pas soumise à la loi sur l’eau.

·         La destruction d’espèces protégées 

Un agent de l’ONEMA s’est rendu sur place, il n’a pas constaté la présence d’espèces protégés.
Cette dernière affirmation est d’autant moins sérieuse que cette visite a été faite après l’alerte, alors que la destruction était déjà avancée et que la plupart des animaux avaient fui.  



 

 

 

 

4. Acqua incognita

(de « Aqua Incognita: the unknown headwaters », Bishop and al., 2008)

ou l’escamotage du ruisseau de Nolange aux yeux de tous


Aujourd’hui, on peut visiter Saint Gengoux sans réaliser que l’eau y est abondante et qu’il y coulent des ruisseaux, et même y habiter depuis longtemps sans savoir où passe le Nolange – encore moins où il passait.

Témoignage de la perte de la mémoire, du désintérêt et, sans doute, d’un autre dysfonctionnement, sur la carte officielle de la cité comme sur la carte hydrographique de l’IGN, le tracé du Nolange est réduit à un pointillé rectiligne tout à fait fantaisiste.

Mieux encore, selon CARMEN, l’outil cartographique du Ministère de l’Environnement sur le site de la DREAL Bourgogne, le Nolange a bien une source, il coule jusqu’aux abords de la cité et… il disparaît mystérieusement. Effacé le ruisseau historique de la « Cité Saint Louis » qui alimentait le fossé de la muraille Ouest, un lavoir, des ateliers de tanneurs et quatre moulins (la Boutière, le Foulot, Pontot, Messeau) !

 

Il convient de préciser que le ruisseau de Nolange, au niveau de la cité médiévale, est alimenté par 3 sources principales :

  • la Fontaine de Nolange et d’autres sources moindres,
  • la source du Vernet,
  • et la source de Manon depuis son captage il y a plus de sept siècles.

 

A ces 3 sources abondantes et encore appréciées il y a peu s’ajoutent les sources du Mont Goubot sous la cité. Elles seraient 7 et ce sont elles qui alimentent la Fontaine de Jouvence. Et n’oublions pas le ru qui s’écoule sous l’ex-Couvent des Ursulines et alimentait les ateliers de tanneurs du côté Est de la Rue des tanneries…

 

Or, aujourd’hui, c’est comme si la cartographie officielle avalisait les destructions de ces dernières cinquante années, même les cartes des organismes dont la fonction est de « concrétiser la mise en oeuvre du principe de non-dégradation des milieux aquatiques« * et d’appliquer la Loi sur l’Eau qui invite à réhabiliter ce qui a été détruit.

* SDAGE du Bassin Rhône Méditerranée : principales dispositions concernant l’urbanisme


L’insuffisance de l’identification des zones humides est connue, au moins par certains :

 (…) il n’existe pas de cartographie exhaustive des zones humides malgré quelques inventaires non exhaustifs sur certains bassins versants. Il n’existe pas non plus de cartographie juridique des cours d’eau. Le seul critère de la carte IGN au 1/25 000 ne suffit pas, tout comme la présence ou non d’une toponymie. (…)
La mise en application de la réglementation en Saône-et-Loire

par Bertrand Dury

http://www.agronomie.asso.fr/?id=356

 

On observe d’autres carences étonnantes en consultant le ROE (Référentiel des Obstacles à l’Ecoulement sur les cours d’eau). Excepté pour un affluent du Ruisseau de Nolange (le Ruisseau de l’Ermite sur la commune de Saint martin de Croix), les obstacles majeurs à l’écoulement des crues et à la continuité écologique sont oubliés. 

la carte du ROE

la situation réelle

Tout près des quelques « obstacles » identifiés, des destructions majeures sur des centaines de mètres : 3 kilomètres d’enterrement de cours d’eau, des remblais, des saccages de ripisylves, au moins une décharge brute chargée de produits chimiques, non curée et non analysée, etc. qui ont profondément dégradé toute la tête de bassin versant et pollué son eau.

 

De plus comme on peut le constater en regardant la carte ci-dessus, juste à la sortie sud de la cité, l’espace convoité par la grande distribution – le Pré A l’Agasse – est compris dans la tête de bassin versant : à cet endroit le rang de Strahler du Ruisseau de Nolange est égal à 2 et la pente toujours supérieure à 1%. C’est donc, à plusieurs titres, l’exemple même du lieu qui devrait être l’objet de toutes les attentions (et, en l’occurrence, soigneusement restauré).

 

Comment tout cela peut-il être ignoré par les services officiels ?

 

On voit, aujourd’hui à Saint Gengoux l’ex-Royal où l’eau coulait abondante, que ces lacunes, qui s’étendent à toutes les formes de l’eau libre – jusqu’au ruisseau principal, pourraient avoir de très graves conséquences si nul ne s’étonne et n’alerte contre les projets trop hâtivement conçus ou malencontreusement inspirés par les erreurs et les destructions d’hier.

 

Mais comment a-t-on pu perdre la conscience d’un ruisseau qui a façonné une vallée et dont le voisinage a été recherché par les créateurs d’une cité et leurs successeurs pendant des siècles ?


Une Rue du Bourg Hameau traversée par le ruisseau en canal 
(…) Dans certains cas, la rivière n’est même plus visible. Canalisée et enterrée, elle n’existe plus dans l’inconscient collectif, si ce n’est ponctuellement et de façon négative par exemple lors de débordements des réseaux. (…)
Le cas des rivières « inexistantes » ou oubliées :
Guide méthodologique réalisé par l’agence de l’eau Loire-Bretagne
Guide méthodologique – Restauration des cours d’eau – Agence d
Des pratiques, souvent communautaires, sont abandonnées. La préoccupation de l’eau, des utilités et des agréments qui l’accompagnent, se dissipe. Les sources avec leurs qualités respectives, les fontaines où l’on puisait l’eau, le cours d’eau avec son cresson et ses écrevisses, la nappe phréatique qui mouille les serves dans les jardins… peu à peu, les connaissances élémentaires sont oubliées et l’indifférence grandit jusqu’à l’ignorance, jusqu’à trouver « normal » que l’eau soit polluée par les effluents et les ordures.  A propos des destructions spectaculaires de la Rue des Tanneries, nous avons écrit : tout ici témoigne d’une perte complète de la culture du lieu, de sa riche histoire et de la connaissance de son environnement. En effet, plus encore qu’avec l’eau, de tels ravages du patrimoine légué par les anciens, et toujours nécessaire au plaisir d’habiter et à l’attrait touristique, n’ont pu être commis qu’après une profonde insensibilisation des habitants à leur environnement, jusqu’à la perte de conscience.

 A la perte de la culture locale, donc de l’environnement – déculturation -, correspond la chosification du vivant et la dévalorisation du bien commun. C’est un processus de réification qui libère les appétits nuisibles et rend possible toutes les dégradations. Comme à Saint Gengoux (encore le Royal), un spéculateur est autorisé à s’approprier les douves de la muraille ouest en échange de la canalisation du ruisseau. Puis, il y a soixante ans, la source historique de la cité est directement polluée par les ordures municipales (exprès ?), le ruisseau sert d’exutoire aux effluents, la saleté de l’eau devient prétexte pour recouvrir le canal, on enferme le ruisseau dans un long tuyau pour construire au-dessus, les remblais se succèdent en travers du talweg de la vallée, on détruit totalement le ruisseau et un bief de moulin, des maisons historiques, des ponts, des lavoirs, etc. De destruction en destruction, la représentation de l’eau et de la vie qui l’accompagne se dégrade plus encore et la perte de conscience ne cesse de grandir.

 Ainsi, presque insensiblement, l’espace de l’eau et de la vie devient un banal « terrain » où l’on peut faire n’importe quoi sans aucun souci des conséquences. Il n’y a plus de limite aux destructions et, bientôt, tout le monde trouve normal de projeter la construction d’une station-service dans le lit du ruisseau et sa nappe phréatique oubliés ! Le plus étonnant, dans cette longue dégradation de la cité, est que les administrations spécialement chargées d’empêcher ces saccages n’ont rien fait. Au contraire !

 
http://imaginaction.over-blog.org/10-categorie-10294158.html
Saint Gengoux le National n’est pas tout à fait l’une de ces grandes cités dont une expansion incontrôlée a mis à mal la campagne et le patrimoine. La population est à peu près stable et il n’y a que mille habitants. Pourtant…

5. L’énigmatique saccage de 1983 et la stratégie de la substitution



Au sortir de la Rue des Tanneries, le ruisseau de Nolange, dans son tracé détourné pour alimenter le bief du vieux moulin de la Boutière, a été détruit sur 1 kilomètre. Exceptés deux ou trois petits bouquets d’arbres, la ripisylve a aussi été détruite. C’est donc une destruction paysagère, historique et écologique considérable. Une amputation aux lourdes conséquences. Mais le cours naturel du ruisseau, dans le talweg, là où affleure sa nappe d’accompagnement, n’a pas été rétabli. Bizarrement, le ruisseau de Nolange a été enterré dans son propre lit !
 Depuis, sur 200 mètres, le ruisseau est enfermé dans une buse de 1 mètre de diamètre qui traverse en biais le Pré A l’Agasse en direction du Pré de la Tour et débouche exactement dans la continuité de son lit naturel, là où subsiste encore la ripisylve d’origine. Ce joli travail a été réalisé à la même époque que le creusement du lagunage, au début des années 1980. Les photos aériennes de l’époque en témoignent.


Comment une telle destruction a-t-elle pu être réalisée au vu et au su de tous ? 

En 1983, la Directive Cadre Européenne sur l’eau était seulement en gestation, mais on ne pouvait faire n’importe quoi. Il y avait des textes législatifs et des administrations veillant à la protection des eaux. Un saccage aussi spectaculaire aurait-il été réalisé sans autorisation et sans que l’administration s’en aperçoive ? Impossible puisque même la cartographie en a été changée, avalisant de la sorte la destruction du ruisseau.

Simultanément, le ruisseau a été nié aussi dans les écritures : il est, tout à coup, devenu « conduite communale d’eaux pluviales« . C’est l’expression mensongère que l’on retrouve en 2013 dans le dossier technique de demande de permis de construire. Donc, c’est depuis le début des années 1980 que l’on tente de faire oublier le relief et l’eau en fond de vallée, d’occulter le ruisseau et sa nappe phréatique d’accompagnement, de faire oublier les inondations, pour ne plus parler que d’égouts et de « débordements des réseaux« .

 L’histoire et l’observation des lieux ne sont pas seules à dénoncer la falsification de la réalité.

Sur ce cliché n°178 de la mission aérienne 0600-0421 du 28 septembre 1983, en travers du pré carré situé sous le milieu de la photo, on voit parfaitement la nouvelle tranchée dans laquelle le ruisseau de Nolange vient d’être enterré dans une buse jusqu’au Pré de la Tour, tandis que le bief du moulin de La Boutière a été comblé et sa végétation entièrement détruite. 

Même pour qui ne connaîtrait pas le ruisseau de Nolange, la dimension de la canalisation suffirait à révéler son existence : un diamètre de 1 mètre pour les « eaux pluviales » des toits et voiries de la cité en amont de la buse (moins de 0,2 km2)… Le rapport est plus évident avec les plus de 4,5 km2 du bassin versant en amont de l’Agasse ! Pourtant, en 2015 encore, même après avoir reconnu l’existence du ruisseau (mais toujours évoqué comme un vulgaire canal sans vie), tout le monde officiel s’entête à réduire l’eau et son environnement à un banal problème mécanique et à noyer les crues éclairs dans de simples débordements de réseaux – bien entendu sans tenir aucun compte de l’hydrogéomorphologie, de l’écologie, de l’histoire, et de la disproportion des volumes entre les unes et les autres.

Sur ce point extrêmement important, un organisme européen – le CEPRI, Centre Européen de Prévention du Risque d’Inondation – procure un appui officiel précieux. Il a édité un guide qui confirme la grande insuffisance de la prise en compte des crues typiques des têtes de bassin versant. Et il souligne la distinction entre l’inondation par ruissellement (ou crue éclair) et le refoulement des réseaux, distinction qui tombe sous le sens mais nécessaire, nous le voyons avec Saint Gengoux :

Prévision des crues mais… pas des inondations et encore moins du ruissellement !
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/094000166/0000.pdf

 

 

Rien, pas même la création du lagunage, ne semble pouvoir justifier la suppression du canal et du bief de l’ancien moulin, la destruction de la ripisylve et, presque plus stupéfiant encore, le busage du ruisseau dans son propre lit naturel. 

Alors, pourquoi ces travaux ? Qui a décidé d’un tel chantier ?

Ces deux extraits de comptes-rendus du Conseil Municipal de l’été 1984 (30 août et 24 septembre) parlent d’un « déversoir d’orage » dans le Pré de la Tour et démontrent l’implication de la DDA (c) dans le saccage du ruisseau (avec attribution de généreuses subventions !).

Sous le bitume, le bief du moulin de la Boutière effacé avec le ruisseau et sa ripisylve. A gauche le début du chemin réalisé en comblant le bief. Aujourd’hui, on peine à imaginer tout ce qui a été perdu – la qualité de l’eau, la biodiversité, une partie de l’histoire de la cité médiévale, le paysage…

 

Comment la DDA, sous autorité du Ministère de l’Environnement, qui avait charge de « mettre en œuvre, au niveau départemental, les politiques publiques relatives (…) à la gestion de l’eau et de l’environnement (et à) la protection de la nature » a-t-elle pu commettre cette action en contradiction exacte avec sa mission ? Se pourrait-il qu’il s’agisse d’une erreur d’appréciation (mais qui n’expliquerait pas la destruction du bief) ? Une très malheureuse décision du Conseil Municipal prise deux ans auparavant pourrait faire pencher pour l’erreur (augmentation de la surface de la décharge brute qui pollue la source de Manon). Mais la DDA…

 

Après la « conduite communale d’eaux pluviales« , le « déversoir d’orage » ne manque pas d’étonner car, même en supposant que le bief de l’ancien moulin ait comporté un quelconque obstacle au bon écoulement des crues, cela n’explique guère l’inondation de la Rue des Tanneries plusieurs mètres au-dessus, et surtout pas la destruction du cours d’eau et de sa biocénose sur 1 kilomètre.

 

D’autre part, la buse substituée au canal et au bief* ne ressemble en rien à un déversoir. Elle ne fait que conduire le ruisseau dans son propre lit, mais plus loin, réduisant d’autant son espace d’expansion des crues ! Un déversoir d’orage pour le ruisseau lui-même ? Un ruisseau déversé en lui-même ?! C’était sans doute un nouveau concept (mais il n’a pas fait école).

* le canal et le bief qui, eux, devaient comporter un déversoir libérant l’eau excédentaire dans les lits mineur et majeur du Nolange avant qu’elle ne fasse déborder le bief, donc dans le Pré A l’Agasse. Et, d’ailleurs, sur les photos aériennes, on devine le tracé de cet écoulement.

 

« Conduite communale d’eaux pluviales« , « déversoir d’orage« … Le langage employé révèle soit une invraisemblable erreur doublée d’un saccage gratuit, soit l’intention de tromper : le ruisseau a été précautionneusement déversé après le Pré A l’Agasse. Pourquoi pas avant, dès qu’au sortir du canal de la Rue des Tanneries il pouvait retrouver son lit naturel (mineur et majeur), donc sa zone d’expansion des crues ? Vu l’ampleur du chantier et l’importance des dégâts, on n’ose imaginer que ce soit pour faire l’économie d’un pont permettant le passage du ruisseau (et l’écoulement des crues) sous la Rue du 19 mars 1962.

 

Evidemment, pour l’hydromorphologie, la qualité de l’eau, la diversité des populations animales et végétales, et la continuité écologique, tout cela est parfaitement fantaisiste et nuisible, dramatique même. Pas étonnant, donc, que cette campagne soit si pauvre en animaux et en diversité végétale (d) ! D’ailleurs, chacun peut, à Saint Gengoux et alentour, constater un appauvrissement spectaculaire des populations d’insectes, d’oiseaux, de mammifères (d bis).

 

Les travaux de 1983 sont, même, nuisibles jusqu’à l’absurdité puisque, si la buse de 1 mètre est surdimensionnée pour les « eaux pluviales » de la cité, elle ne l’est pas pour le ruisseau et son bassin versant pentu de plus de 4 km2 * (en amont du Pré A l’Agasse pour le seul Ruisseau de Nolange) – sans compter le bassin de la Source de Manon détournée. Là encore, un seul orage (le 10 juin 2008) en a fait la démonstration. Si bien que, dans l’hypothèse où, seul, le soucis de prévenir de nouvelles inondations, comme en décembre et en mai de ces années 82 et 83, a inspiré ce chantier, cela n’explique pas le busage du ruisseau jusqu’au Pré de la Tour. D’autant que la nouvelle buse constitue un obstacle à l’écoulement ! 

* Cette buse est, d’ailleurs, inférieure à la buse qui, en amont (à partir du Bourg Hameau), est destinée à recevoir un débit moindre.

 

Remarquons que c’est là une configuration idéale pour les crues-éclair. Ci-dessous, le relief de la vallée en amont de la cité :

Le 10  juin 2008, l’eau d’un seul orage recueillie par la vallée du Nolange, par le vallon du Vernet, par le vallon de la source toujours captée-polluée de Manon et par le chevelu des rus torrentueux, a déferlé en quelques minutes sur la cité *. Même chose à l’ouest avec le Chirot. Et tous les désordres créés depuis les années cinquante-soixante ont été mis en évidence.

* un ruissellement d’autant plus rapide que : la vallée a été débocagée, le ruisseau recalibré, sa ripisylve largement détruite, les zones humides drainées.

 

 

 

 

 

 

6. La loi des supermarchés

 

Le chantier de 1983 qui a escamoté le ruisseau de Nolange n’était peut-être pas une erreur. Rien, à l’époque ne peut l’expliquer, mais la suite des événements jette une lumière douteuse sur cette déraison. Ce saccage semble bien avoir été le premier acte d’un projet plus destructeur encore.

 

Une volonté délibérée d’effacer le ruisseau dans le Pré A l’Agasse, pour donner l’illusion que cette partie du fond de vallée, cette portion du lit mineur et majeur peut être urbanisée, peut expliquer la destruction du cours du ruisseau via le bief du moulin et son enterrement. Par exemple, une volonté concrétisée par le projet commercial étranger à l’économie locale qui se succède à lui-même depuis le début des années 1980.

 

Le saccage du ruisseau de Nolange laisse interdit. Comment une destruction aussi dommageable pour la cité, pour la région et la continuité écologique jusqu’à la mer, pour chacun, n’a-t-elle pas soulevé l’indignation et réveillé la conscience du bien commun ? Cela renvoie encore à la spectaculaire pollution, suivie d’un étrange abandon définitif, de la source historique de Manon.

 

Une malédiction pèserait-elle sur les biens communs de Saint Gengoux le National ?

 

On peut se le demander en voyant l’ancienneté des désordres créés. Déjà en 1839, au Bourg-Hameau, « (…) les barrages qui ont été faits par divers propriétaires et encore à cause des matériaux et immondices qui depuis longtemps ont été déposés dans le dit Reuil-Bertrand, qui se trouve par ce motif obstrué dans toute sa longueur. » (Conseil Municipal du 4 novembre 1839). Résultat : des inondations d’habitations à répétition.

 

Mais, si importantes que soient les destructions, la réalité hydrogéomorphologique ne change pas. La source de Manon coule toujours. Et, effacé en surface, busé, après cinquante ans de négation, le Nolange est toujours un ruisseau au regard du Droit. Cela, les promoteurs-destructeurs ne l’avaient pas prévu.

 

Dans le Pré A l’Agasse, le lit naturel du ruisseau est toujours parfaitement visible. C’est naturellement le talweg, lequel est, d’ailleurs, mouillé par la nappe phréatique en période pluvieuse. Le Nolange coulait là avant d’être une première fois détourné pour alimenter l’ancien moulin de la Boutière. Le Pré A l’Agasse est donc traversé par le lit naturel du Nolange – exactement là où le projet ATAC avait prévu d’enterrer (on devrait dire : immerger) les cuves de la station-service ! Même observation pour le remblai de GammVert.

Sur cette carte IGN de 1978 (2927E_25K), les courbes de niveau dessinent avec précision le talweg où coule naturellement le Nolange.  Exactement à l’emplacement envisagé pour une station-service !

 

Extrait d’un plan du XVIIIème siècle où, l’on voit clairement le Ruisseau de Nolange à la sortie sud de la cité médiévale.

Le ruisseau passe entre les maisons de tanneurs* et les bâtiments du couvent des Ursulines (la plupart ont été détruits). Puis il s’écarte du tracé de la Rue des Tanneries, traverse le lieu dit A l’Agasse pour, peu après, rejoindre le Ruisseau de Chirot qui descend de La Rochette.

* les belles maisons qui figurent sur les cartes postales de la Rue des Tanneries

 

Il est facile de constater que, sur ce plan du XVIIIème siècle, le Ruisseau de Nolange suit bien le talweg dessiné sur la carte IGN de 1978. 

Ce plan fait partie du descriptif de la Route n° 34 de la limite de la généralité de Franche-Comté à la limite de la généralité du Bourbonnais, portion de Joncy à Tournus
http://www.archives71.fr/_depot_cg71_imgs/AD71EAD/CSUPPC1_7.pdf

Carte IGN 2014

le tracé du Ruisseau de Nolange n’est guère exact dans sa traversée de la cité médiévale mais, à partir de la Rue des Tanneries, on retrouve son lit naturel dessiné sur les plans anciens

 

Toutes ces dégradations ont tué le Nolange. Son eau n’entretient plus aucune vie. Elle est morte et, de surcroît, polluée. Enterré dans des tuyaux sur 1 kilomètre, son bassin versant saccagé, sa ripisylve détruite de bout en bout *, le nolange n’est plus le lieu de vie et de passage (continuité écologique, tant pour la faune que pour la flore) qui reliait les écosystèmes désormais protégés du Mâconnais et du Chalonnais. C’est un appauvrissement considérable, non seulement pour Saint Gengoux, mais aussi pour toute la région et les eaux de l’aval.

* Au pays de Lamartine, un homme qui savait voir l’arbre, ces destructions de ripisylves et de bocages semblent d’autant plus absurdes.

 

Présentation du permis de construire un supermarché, un parking et une station d’hydrocarbures dans le lit du ruisseau de Nolange et sa nappe d’accompagnement

Le dossier technique de la demande de permis de construire affirme : « le terrain n’est pas traversé par un ruisseau« . Il a cependant été signé par le maire soutenu par tous les élus !

 

 

 

Menace pour l’économie locale

Comme pour compléter la nuisibilité écologique, paysagère et historique du projet, le lieu envisagé pour le supermarché est seulement à 350 mètres du barycentre des commerces locaux qui résistent encore aux implantations de la grande distribution (la Saône et Loire détient le triste record des grandes surfaces et, à Saint Gengoux le National, 40 commerces ont fermé en 20 ans). C’est, d’ailleurs, cette proximité qui fait le malheur de cette campagne depuis 1983 : la grande distribution veut évidemment s’implanter au plus près du centre bourg pour conquérir la totalité du marché local et, ici, aucune des régulations démocratiques et administratives en usage partout ailleurs ne fonctionne.

 

 

 

 

Cependant

Quelque chose qui ressemble à une évolution se dessine…

Partout ailleurs : Centres-villes sinistrés – Faut-il interdire les zones commerciales ?

http://www.liberation.fr/france/2017/12/13/centres-villes-sinistres-faut-il-interdire-les-zones-commerciales_1616543

Juste à côté, à 23km :

Le projet de nouveau centre commercial cause la perte de ses promoteurs
Révolution en Saône et Loire :
les idolâtres des grandes surfaces sont chassés de la mairie de Tournus par les défenseurs des centres villes animés

Un petit rappel : la Saône et Loire est le territoire où il y a la plus grande densité de supermarchés et la plus grande perte d’artisans et de commerçants. Stérilisation des centres villes, désertification des villages, dégradation de la campagne alentour en banlieue, bétonnisation des terres agricoles, destruction des sources, des ruisseaux, de leur nappe phréatique, pollutions diverses et variées… Jusqu’à présent, rien n’arrêtait les promoteurs, leurs élus affiliés et les fonctionnaires détournés.

Serait-ce l’amorce d’un changement ?

Un seul tour aura donc suffi pour élire le nouveau maire de Tournus (Sâone-et-Loire). Bertrand Veau, à la tête de la liste citoyenne d’opposition, a obtenu 61,63% des voix. Juste derrière, arrive le maire sortant, Claude Roche avec 23,07% des voix.
https://www.youtube.com/watch?v=d3l8Sd3AtNk

le site de Tournugeois Vivant qui a mené la lutte

http://tournugeoisvivant.de-tournus.com/

Sur la destruction des campagnes, etc.

 

 

 

 

7. Le ruisseau en termes de Droit

Après cinquante ans de négation et d’effacement, le Nolange est-il toujours un ruisseau au regard du Droit ?

Le commentaire de Carl Enckell :

« Définition d’un « cours d’eau » : la réponse du Conseil d’État vaut-elle pour le domaine public ?« 

nous a beaucoup aidé pour convaincre l’administration de reconnaître l’existence du ruisseau. Ci-dessous :

 

Dans un  arrêt du 21 octobre 2011, Ministre de l’Ecologie, du Développement Durable, des Transports et du Logement C/ EARL CINTRAT (requête n° 334-322 publiée au Lebon), le Conseil d’Etat précise la définition d’un « cours d’eau »…

Le « cours d’eau » est une expression fréquente en droit de l’Environnement, non seulement au titre des activités dites « IOTA » (soumises à la loi sur l’eau) mais aussi s’agissant des installations classées. En effet, plusieurs rubriques de la nomenclature des ICPE imposent aux équipements industriels des précautions vis-à-vis de « cours d’eau » (une distance minimale).

Encore faut-il savoir ce qu’il convient d’entendre par cours d’eau : peut-il s’agir d’un canal artificiel, d’un ruisseau ?

rappel :

La Circulaire DE / SDAGF / BDE n°3 du 2 mars 2005 relative à la définition de la notion de cour d’eau
(…)
La qualification de cours d’eau donnée par la jurisprudence repose essentiellement sur les deux critères suivants :

  • la présence et la permanence d’un lit naturel à l’origine, distinguant ainsi un cours d’eau d’un canal ou d’un fossé creusé par la main de l’homme mais incluant dans la définition un cours d’eau naturel à l’origine mais rendu artificiel par la suite, sous réserve d’en apporter la preuve – ce qui n’est pas forcément aisé – ;
  • la permanence d’un débit suffisant une majeure partie de l’année apprécié au cas par cas par le juge en fonction des données climatiques et hydrologiques locales (1) et à partir de présomptions au nombre desquelles par exemple l’indication du « cours d’eau » sur une carte IGN  (2) ou la mention de sa dénomination sur le cadastre.

(…) il demeure toutefois essentiel de prendre en compte de façon circonstanciée ces deux critères majeurs avant de considérer que l’on ne se trouve pas en présence d’un cours d’eau (…)


La clarification du Conseil d’Etat


Saisi de la légalité d’un arrêté préfectoral qualifiant un ruisseau de « cours d’eau » non domanial et soumettant à autorisation des prélèvements effectués par un particulier, le Conseil d’Etat indique que constitue un « cours d’eau » un écoulement d’eaux courantes dans un lit naturel à l’origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l’année.

En revanche, si la richesse biologique du milieu peut constituer un indice à l’appui de la qualification de « cours d’eau », l’absence de vie piscicole ne fait pas, par elle-même, obstacle à cette qualification.

C’est pourquoi un canal artificiel peut être un cours d’eau, lorsqu’il est affecté à l’écoulement des eaux d’une rivière principale (CE, 26 janvier 1972, req. n° 76.893, sieur X).

En l’espèce, le Conseil d’état relève que le ruisseau en question s’écoule depuis une source située en amont d’un plan d’eau et captée par un busage. Il n’est pas seulement alimenté par des eaux de ruissellement et de drainage. Si l’eau s’écoule dans des fosses aménagées dans un talweg, le ruisseau présentait bien, antérieurement à son réaménagement, un lit naturel comme en attestent des données cartographiques.

L’arrêt EARL Cintrat du 21 octobre 2011 confère une force juridique à la circulaire du ministère de l’Écologie et du Développement durable du 2 mars 2005 (Circ. min. Écologie, 2 mars 2005 relative à la définition de la notion de cours d’eau), selon laquelle la qualification de cours d’eau repose essentiellement sur les deux critères vus plus haut.
(…) Les conditions de définition d’un cours d’eau sont donc cumulatives :

  • i. Un écoulement d’eau courante originellement naturel, et alimenté par une source,
  • ii. Un débit suffisant la majeure partie de l’année.

Toute autre considération n’est pas essentielle à la définition d’un cours d’eau, notamment la richesse du milieu, le caractère artificialisé du cours d’eau (busé ou canalisé), ou la circonstance que celui-ci soit domanial ou pas (domaine public ou domaine privé).

Il convient également de retenir de cette décision que la qualification de cours d’eau peut dépendre d’une recherche d’antériorité impliquant de déterminer si un cours d’eau artificialisé a antérieurement été naturel (canal artificialisé ou busé par exemple).

 

Carl Enckell  « Définition d’un « cours d’eau » : la réponse du Conseil d’État vaut-elle pour le domaine public ?« 

http://www.carlenckell.com/archive/2011/11/03/definition-d-un-cours-d-eau-la-reponse-du-conseil-d-etat-vau.html

 

A Saint Gengoux le désormais National, les outrages infligés au « ruisseau de Nolange » ne lui ont pas ôté la qualité de ruisseau, même au regard du Droit. D’autant que, comme nous l’avons déjà vu, là où les promoteurs voudraient ne voir qu’une « conduite d’eaux pluviales« , le ruisseau rassemble plusieurs rus et sources. Par conséquent, le Code de l’Environnement s’applique pleinement à la situation. Que dit-il ?


L’article R.214-1 stipule les règles à respecter en matière d’aménagements envisagés dans le lit mineur d’un cours d’eau, comme à Saint Gengoux le National. 


L’observation du Code de l’Environnement aurait entraîné l’application de la Directive-Cadre européenne sur l’Eau (2000/60/CE) et de la Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques de décembre 2006 (LEMA).


C’est probablement ce que le gros mensonge sur la réalité du terrain convoité devait permettre d’éviter… Un trop gros mensonge qui, à lui seul, doit frapper de nullité toute la procédure.

Après la reconnaissance géomorphologique et historique du ruisseau, il faut encore souligner que le projet d’urbanisation de son lit ne s’appuie que sur le Code de l’Urbanisme, ainsi que le souligne le Préfet de Saône et Loire dans une lettre le 9 janvier 2014 :

(…) Le dossier a été instruit sur la base du document d’urbanisme en vigueur et de la réglementation du Code de l’urbanisme. (…)

Et il souligne : « Un permis de construire ne pourrait être refusé en raison d’une illégalité relative à la loi sur l’eau » (?!)

 

Or, le Diagnostic du Schéma Régional de Cohérence Ecologique précise clairement page 14, article 1.5.3.1, que le Code de l’Urbanisme doit « prendre en compte » le SRCE :

la nouvelle rédaction des principes fondateurs des documents d’urbanisme (article L121-1 du code de l’urbanisme) ajoute au nombre des objectifs de développement durable « la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques »

C’est la logique même et, à Saint Gengoux le National, elle est bafouée de manière flagrante.

 

 

 

 

Cependant, une mise en garde s’impose :

8. Contournements et détournements de la législation sur l’eau

et insuffisance de celle-ci

 

Les rédacteurs de l’arrêt EARL Cintra devaient être de bonne volonté et animés par le soucis du bien commun. Leur texte a bien embarrassé ceux qu’un déficit d’ouverture sur le vivant – ou trop d’ouverture sur les intérêts qui lui sont nuisibles – conduit à réduire tout ce qui coule et bouge à sa plus simple expression. Bien à regret, ils doivent reconnaître – pourvu que quelqu’un les y contraigne – l’existence de ce qu’ils niaient éhontément, ainsi un ruisseau récemment enterré comme le Nolange.

Le Nolange en amont

 

Rappelons-nous l’évocation d’Elisée Reclus : 

«Dans nos pays de l’Europe civilisée où l’homme intervient partout pour modifier la nature à son gré, le petit cours d’eau cesse d’être libre et devient la chose de ses riverains. Ils (…) l’emprisonnent entre des murailles mal construites que le courant démolit; ils en dérivent les eaux vers des bas-fonds où elles séjournent en flaques pestilentielles; ils l’emplissent d’ordures qui devraient servir d’engrais à leurs champs; ils transforment le gai ruisseau en un immonde égout. (…) le ruisseau, devenu cloaque, entre dans la cité, où son premier affluent est un hideux égout (…) Le ruisseau que j’ai vu jaillir à la lumière, si limpide et si joyeux, hors de la source natale, n’est plus désormais qu’un égout dans lequel toute une ville déverse ses ordures »

L’eau dans la cité
Histoire d’un ruisseau, ER 1869


La récente reconnaissance de la qualité de « cours d’eau » n’a pas été faite pour laisser l’heureux élu en son état dégradé par trop longtemps d’ignorance et de malfaisance. Encore moins pour permettre de nouveaux travaux destructeurs qui condamneraient à jamais le ruisseau redécouvert et la tête de bassin versant dont il fait partie ! La reconnaissance implique aussi que soient mentionnés le lit mineur, le lit majeur, la nappe phréatique d’accompagnement (!) et tout (plantes, animaux, qualité de l’eau d’amont en aval, etc.) ce qui en fait un ruisseau – c’est à dire, non pas seulement un flux d’H2O, stricto sensu un « cours d’eau« , mais une unité de vie complexe, un écosystème. C’est une première mesure de sauvegarde en attendant la libération et la restauration.

 

Cependant, les rédacteurs de l’arrêt EARL Cintra semblent n’avoir pas vu que la reconnaissance quils amorçaient est loin d’être suffisante. Par exemple, cette phrase :

« Si la richesse biologique du milieu peut constituer un indice à l’appui de la qualification de cours d’eau, l’absence d’une vie piscicole ne fait pas, par elle-même, obstacle à cette qualification.« 

fait dire à Carl Enckell :

« Toute autre considération n’est pas essentielle à la définition d’un cours d’eau, notamment la richesse du milieu (…) »

(« Définition d’un « cours d’eau » : la réponse du Conseil d’État vaut-elle pour le domaine public ?« http://www.carlenckell.com/archive/2011/11/03/definition-d-un-cours-d-eau-la-reponse-du-conseil-d-etat-vau.html)

 

Dans une situation d’oubli et de dégradation souvent complète, il est logique qu’il ne soit pas nécessaire que subsiste tout ou partie de l’écosystème d’origine pour qu’il y ait reconnaissance *. Ponctuellement, c’est très utile pour préserver ce qui a été oublié, maltraité et qui est toujours menacé, même s’il ne reste guère plus que le talweg, le profil du lit majeur et la nappe phréatique d’accompagnement. C’est très utile afin de prévenir les inondations et de pouvoir restaurer. Mais il n’aurait pas été inutile de souligner l’importance de la morphologie du lit mineur et du lit majeur, la nécessité de ne pas modifier celle-ci, et de rappeler l’existence de la nappe d’accompagnement. Plus grave : parce qu’elle ne dit rien de ce qu’est un ruisseau en « bon état écologique« , rien de l’écosystème et de son environnement, et rien de son devenir, on devine déjà que la meilleure intention peut être retournée. Et, en effet, même après la reconnaissance officielle de ce qui reste du ruisseau martyrisé, rien n’empêche les ex-négationnistes de poursuivre leurs projets de saccage et d’assassiner définitivement le « cours d’eau » reconnu en interdisant toute restauration (a). Puisque le ruisseau n’est plus qu’un « cours d’eau« … Enfin « protégé« , mais sous un parking ou une station-service, ou les deux !

* Reconnaissance, pas « définition » comme le Conseil d’Etat l’écrit dès le titre de son arrêt (également la circulaire de mars 2005 du Ministère de l’Environnement)… On ne peut prétendre « définir » quelque chose, surtout un ensemble complexe, à partir d’un état dégradé ! Ce « définition » semble avoir été choisi pour servir les plus sombres projets.

 

Exemple :

Penchés sur la tête de bassin versant de Saint Gengoux le National, les services officiels, ceux qui ont mission de protéger et de stimuler la restauration, ont été contraints de reconnaître le Ruisseau de Nolange nié par l’ensemble de la procédure de permis de construire. Mais, s’appuyant sur l’insuffisance de la législation, ils se sont contentés de changer leur vocabulaire, escamotant tout « le ruisseau«  dans le tuyau. Ils sont simplement passés de la négation de l’existence du ruisseau à la négation de sa géomorphologie et de son écologie. Et d’écrire : « la buse où s’écoule le cours d’eau« . Et d’affirmer sans ciller que « le projet initial* ne prévoyait pas d’intervention sur le ruisseau, il n’était donc pas soumis à la loi sur l’eau.« 

* avant une modification de détail

Notons la glissade du « cours d’eau » au ruisseau.

 

Pourtant, dans toutes ses versions depuis une trentaine d’années seulement, le projet prévoit de bétonner, bitumer et diéséliser une section entière des lits mineur et majeur en laissant l’eau de l’ex-ruisseau (morte et polluée) dans son tuyau. Presque mieux : cet endroit fait partie de la tête de bassin versant qu’il serait encore facile de restaurer (rang de Strahler égal à 2 avec une pente supérieure à 1%). Mais même les fonctionnaires qui doivent servir le bien commun, ceux dont les collègues font la promotion de la protection et de la restauration des ruisseaux et des têtes de bassin versant (http://www.colloque-tete-de-bassin.oieau.fr/), semblent vouloir faire abstraction de l’histoire, du contexte architectural, et considérer que la ripisylve, la faune, la flore aquatique, toute la vie, même l’hydrogéomorphologie du lieu et la tête de bassin, accessoirement la nappe d’accompagnement (!), peuvent être dissociés de l’eau (et celle-ci enfermée dans du béton), anéantis sans soucis pour le village et la campagne, la région et tout l’aval.

 

Hier, le ruisseau n’existait plus. Il est maintenant réduit à un trait sur les plans. Un trait que, bien sûr, les cuves de gaz oil éviteraient soigneusement pour laisser intact le tuyau, désormais « ruisseau« , en total respect avec la législation par le petit bout de la lorgnette. Après la reconnaissance juridique, l’anéantissement écologique.

Comment est-ce possible ?

A y mieux regarder, c’est la législation française qui permet ces dérives.

Qu’il s’agisse de l’Arrêt Earl Cintra ou de la circulaire du ministère de l’Écologie et du Développement durable du 2 mars 2005 (Circ. min. Écologie, 2 mars 2005 relative à la définition de la notion de cours d’eau), l’emploi très répandu de la formule « cours d’eau » – littéralement : mouvement d’eau, flux d’eau, constitue le premier problème.

« Cours d’eau » appartient au langage de l’hydrologue, pas au langage de celui qui s’intéresse aussi à la vie : l’écologiste. Si l’on avait voulu rendre compte de la vie qui accompagne l’eau, à « cours d’eau« , on aurait préféré ruisseau qui, au moins depuis Elisée Reclus (1830-1905) parle de l’écosystème en son entier. Au contraire, « cours d’eau » fait d’un réseau dense d’interrelations – l’écosystème aquatique – un objet simple, trop simple…

« 
La monstrueuse pathologie atomiste que l’on rencontre aux niveaux individuel, familial, national et international – la pathologie du mode de pensée erroné dans lequel nous vivons tous – ne pourra être corrigée, en fin de compte, que par l’extraordinaire découverte des relations qui font la beauté de la nature.« 
« Vers une écologie de l’esprit« 
Gregory Bateson 1972

La formule « cours d’eau » efface la dimension transversale du système aquatique et, donc, toute la vie qu’elle comprend ; en fait, toute la vie du ruisseauCette seule formule réduit la problématique écologique à une simple question de dynamique des fluides. Elle favorise la restriction des interprétations et les solutions simplistes – par conséquent : destructrices.

Certes, l’Arrêt EARL Cintra évoque une « vie piscicole« , mais rien n’est dit des autres formes de vie indissociables qui, avec l’élément physique eau, constituent un ruisseau. Et, là encore, « piscicole » semble restreindre la vie qui accompagne ce « cours d’eau » aux poissons « utiles« , ceux qui sont élevés ou entretenus pour notre consommation.


Certes, « la présence d’une végétation hydrophile et d’invertébrés d’eau douce » est aussi évoquée, mais pour souligner que celle-ci n’est pas nécessaire pour identifier, non pas un ruisseau, mais ce qu’il en reste : son fantôme. Malheureusement, la description reste figée dans le temps de la dégradation, et on en revient au « cours d’eau » rudimentaire…

 

A ce jour, en dépit d’une évolution sensible, les tentatives d’écologisation du droit restent sans effet positif pour les têtes de bassin versant et bien d’autres lieux saccagés et encore menacés. En particulier, elles échouent à convaincre les politiques et l’administration de revenir sur le morcellement du bien commun pour protéger les écosystèmes aquatiques.

 

Cette grande insuffisance du droit est aussi soulignée par Aude Farinetti dans « La protection juridique des cours d’eauContribution à une réflexion sur l’appréhension des objets complexes » (éditions Johanet 2012).

Aude Farinetti souligne « l’incohérence de l’attribution de statuts différents au lit et à l’eau des cours d’eau » (page 164). Incohérence encore avec les statuts différents du lit mineur et du lit majeur des cours d’eau domaniaux (page 165). Incohérence toujours avec « l’attribution de statuts différents à l’eau des cours d’eau et de la nappe alluviale d’accompagnement » (!) (page 168).

Page 487 :  « (…) Si une telle solidarité (la solidarité hydraulique qui unit les Etats situés sur un même bassin versant) peut être considérée comme un aspect de la solidarité écologique, elle est beaucoup plus pauvre que cette dernière. Elle n’envisage pas les relations entre les milieux et les espèces et ne s’empare que de façon très incomplète des relations qui unissent les espaces aquatiques et les espaces terrestre. Une telle lacune est d’autant plus regrettable que la solidarité hydraulique est simplement envisagée du point de vue anthropique (…) ».

Un point de vue anthropique dont le droit français et les services officiels de Saône et Loire font une démonstration permanente. Comme le souligne Aude Farinetti, les exigences de la vie biologique sont passées sous silence. Certes, la directive-cadre européenne sur l’eau du 23 octobre 2000 « s’inscrit dans une démarche résolument écologique, puisqu’elle poursuit l’atteinte de bon état écologique et chimique des masses d’eau de surface ou, lorsqu’elles sont fortement modifiées, de leur bon potentiel (…) » (page 515).

Sur le bon état écologique et le bon potentiel :

« Le bon état écologique est donc d’une certaine façon la résultante de compromis entre un certain niveau d’exigence environnementale (maintien des fonctionnalités écologiques et des communautés biologiques caractéristiques du type de milieu considéré) et le développement des activités humaines (…) »
« Le bon état chimique est acquis par le respect des engagements européens en matière de réduction ou de suppression des contaminants qui sont identifiés comme des substances prioritaires et substances prioritaires dangereuses en raison de leur caractère fortement toxique, rémanent (c’est-à-dire persistant) et bioaccumulable (c’est-à-dire que leur concentration augmente tout au long des chaînes/réseaux alimentaires dans les écosystèmes) »
Même pour les masses d’eau fortement modifiées, « un bon potentiel écologique doit être recherché de manière à minimiser autant que faire se peut les incidences écologiques sur ces milieux et ceux sur lesquels ils sont susceptibles d’avoir des incidences environnementales. Les contraintes liées aux rejets polluants doivent être réduites ou supprimées dans tous les cas, sans différence avec les situations où le bon état écologique est recherché. »
http://www.corse.eaufrance.fr/dce-sdage-2010-2015/documents/bon-etat-eaux-mars2011.pdf


Sur le terrain, la « démarche résolument écologique » de la nouvelle législation semble avoir complètement échappé aux administrations. Celles-ci paraissent toujours soucieuses de ménager les propriétés privées qui, en dépit de toute logique vitale, ont morcelé l’unité du bien commun. Car, en effet, beaucoup de propriétés font toujours obstacle à la réunion des différentes parties des hydrosystèmes et à la restauration de la vie et de la qualité des eaux (maintenant, certaines propriétés communales aussi). Le dépeçage du bien commun – les communaux – a connu son plus grand essor à la fin du XVIIIème siècle, quand, au détriment des dynamiques écologiques et sociales, la propriété privée a été sacralisée.

 

Elisée Reclus le dénonçait à la mi-temps du XIXème siècle : « (…) Actuellement, l’exploitation de ces richesses se fait dans le plus grand désordre et presque au hasard, suivant les caprices des propriétaires riverains, et les résultat de ces disparates est trop souvent le désastre pour tous. L’un égoutte le sol de son domaine en le drainant par des canaux souterrains,et par ces apports grossit ainsi le volume du ruisseau : un autre l’appauvrit au contraire en faisant des saignées à droite et à gauche pour arroser ses champs ; un autre encore abaisse le niveau moyen des eaux en nettoyant le fond et en détruisant les arêtes des rapides et des cascades, tandis qu’ailleurs des usiniers relèvent la surface du courant en construisant des barrages. Ce sont des fantaisies contradictoires, des avidités en conflit, qui prétendent régler la marche du ruisseau. Que deviendrait un pauvre arbre, à quelles maladies monstrueuses ne serait pas condamné, qui, vivant encore, il était partagé entre plusieurs propriétaires, si des maîtres nombreux pouvaient exercer le droit d’us et d’abus, qui sur les racines, qui sur le tronc, les branches, les feuilles ou les fleurs ? Le ruisseau dans son ensemble peut être comparé à un organisme vivant comme celui de l’arbre. Lui aussi, de ses sources nombreuses à son embouchure, forme un tout harmonique avec ses fontaines, ses méandres, les oscillations régulières de ses eaux, et c’est un malheur public lorsque la série naturelle de ses phénomènes est troublée par l’exploitation capricieuse de riverains ignares (…) ». Rien n’a encore vraiment changé ! Reclus décrit l’état dégradé qui perdure à Saint Gengoux le National et en beaucoup d’autres lieux.

 

Elisée Reclus fait un constat qui témoigne d’une dégradation rapide depuis la fin du XVIIIème, époque à laquelle où, justement,

dans la traversée de la cité médiévale, la majeure partie du lit mineur du Ruisseau de Nolange (les fossés du rempart ouest) a été privatisée et détruite par le « sieur Baudement« . Depuis, en dépit d’un début d’évolution récente sous la pression d’une prise de conscience des saccages réalisés, rien n’a changé dans les faits : les priorités demeurent inversées. Le droit français échoue toujours à restaurer l’unité écologique des ruisseaux et des têtes de bassin versant. La propriété individuelle est encore privilégiée et, entre autres dégradations, l’eau reste un élément physique sans vie, malléable à merci, sans souci du bien commun, juste un flux sans écosystème : le « cours d‘eau« . Insuffisance de la description et silence sur les obligations qui résultent de la reconnaissance… Même le meilleur de la législation française semble dire que, là où s’épanouissait la vie du ruisseau, un flux d’eau résiduel, quel que soit son état, même s’il coule dans un égout, suffit, et que peu importe le devenir de l’ex-ruisseau ! Et, c’est ainsi, du choix d’un vocabulaire inapproprié au glissement de sens et à la réduction du sujet, que le ruisseau, la vie, l’écologie peuvent être escamotés à vue par les mal intentionnés.


Là encore, nous voyons que le cas du Ruisseau de Nolange et de la tête de bassin de Saint Gengoux le National est exemplaire de l’histoire des destructions écologiques et de l’impuissance actuelle à réparer.

 

Devant ce que, pudiquement, on peut appeler un déficit de connaissance en matière d’écologie et une faiblesse culturelle et législative, une question vient naturellement à l’esprit :

– la carence de l’identification du bien commun et de son contexte, ici un ruisseau et sa tête de bassin versant, cette carence qui favorise tous les tours d’escamotage exécutés par les promoteurs et l’administration, ne serait-elle pas intentionnelle ?

 

En prenant de la hauteur et du recul pour embrasser l’ensemble de l’opération réductionniste – « La monstrueuse pathologie atomiste«  dénoncée par Bateson – on peut dire que la vision utilitariste a rétréci le droit de l’environnement en lui cachant la vie (surtout quand elle n’est pas « piscicole« ), toute la vie qui accompagne le « cours d’eau« , dans l’eau et alentour.

 

La redéfinition claire du bien commun, en tous lieux et en soulignant la relation avec le bien commun des biens communs : la biosphère, devrait être le premier souci de qui doit tendre vers l’objectif de « bon état écologique » et s’efforcer de limiter le changement climatique. Alors que l’on constate l’effondrement de la biodiversité et le bouleversement climatique, la reconstitution des ruisseaux, des têtes de bassin versant, des écosystèmes démembrés par la cupidité (et la cécité vis à vis des conséquences) devrait être une priorité absolue.

Devrait…

 

L’expérience de la défense de la tête de bassin versant de Saint Gengoux le National démontre que nous en sommes loin.

 

Le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité ont encore un bel avenir !

 

 

(a) Et, c’est très curieux, les mensonges énoncés dans la demande de permis de construire (« le terrain n’est pas traversé par un ruisseau« ), qui frappent automatiquement de nullité la procédure, semblent ne frapper personne dans les services !

Le ruisseau de Nolange appartient au patrimoine commun :

Code de l’Environnement

Article L110-1

Modifié par LOI n°2012-1460 du 27 décembre 2012 – art. 1
I. – Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et paysages, la qualité de l’air, les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la nation.
II. – Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s’inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants :

Le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ; (…)

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000022494168&cidTexte=LEGITEXT000006074220

 

 

Le ruisseau de Nolange appartient au patrimoine commun

Code de l’Environnement

Article L110-1

Modifié par LOI n°2012-1460 du 27 décembre 2012 – art. 1


I. – Les espaces, ressources et milieux naturels, les sites et paysages, la qualité de l’air, les espèces animales et végétales, la diversité et les équilibres biologiques auxquels ils participent font partie du patrimoine commun de la nation.


II. – Leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état et leur gestion sont d’intérêt général et concourent à l’objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s’inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants :

1° Le principe de précaution, selon lequel l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ; (…)


http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000022494168&cidTexte=LEGITEXT000006074220

 

 

 

 

 

 

9. Une pluie… et le ruisseau de Nolange réapparaît

Enfin, plus exactement, sa nappe phréatique d’accompagnement


Dimanche 28 juillet 2013, après une période de sécheresse et de baisse de la nappe phréatique, il a plu toute la journée, de pluies abondantes et pluies régulières alternées sans discontinuer. Après quelques heures, la nappe phréatique avait suffisamment monté pour mouiller le Pré A l’Agasse et révéler, sinon le talweg où coulait le Nolange avant qu’il ne soit réduit à un égout, du moins le creux correspondant sans doute à la tranchée de la buse où il est enfermé – bref, le talweg actuel. Les photos prises l’après-midi montrent ce qui semble être un cours d’eau étendu sur une bonne trentaine de mètres, comme un fantôme du Nolange non loin de son tracé initial. Cet affleurement spectaculaire de la nappe d’accompagnement du ruisseau démontre, s’il en était besoin (il s’agit du fond de vallée et, justement là, du talweg), que le pré où la municipalité voudrait implanter un supermarché et une station-service est, au moins, traversé par une « zone humide longitudinale » correspondant au lit mineur du ruisseau historique de la cité. L’ensemble du pré est le lit majeur, entre la pente de La Grande Terre à l’Est et le petit relief séparant la vallée du Chirot de celle du Nolange. 

* http://www.archives71.fr/arkotheque/arkotheque_visionneuse_archives.php?arko=YTo0OntzOjQ6ImRhdGUiO3M6MTA6IjIwMTMtMDctMjgiO3M6MTA6InR5cGVfZm9uZHMiO3M6MTE6ImFya29fc2VyaWVsIjtzOjQ6InJlZjEiO2k6MztzOjQ6InJlZjIiO2k6NDg2O30

 


Saint Gengoux le National – son eau perdue

Après quelques heures de pluies abondantes le 28 juillet 2013, la nappe phréatique affleure dans le Pré A l’Agasse, au point le plus bas du fond de vallée.

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photo ACG 2013

C’est là que la municipalité veut faire construire un supermarché, un parking et une station-service. Exactement dans le lit du ruisseau historique de la cité, au mépris de la Loi sur l’Eau et des programmes de protection (Natura 2000, Trame Verte et Bleue*…) !
* Correspondant évidemment à la situation, une définition de la TVB, la Trame Verte et Bleue :

« (…) Cette trame (Trame Verte et Bleue) doit permettre de limiter la diminution de la biodiversité, y compris pour les espèces ordinaires, de permettre aux écosystèmes de continuer à rendre des services écologiques indispensables à notre vie et ce dans un contexte de changement climatique. La trame verte et bleue nationale doit constituer une infrastructure écologique du territoire sur laquelle doit s’inventer un aménagement durable et qui contribuera à l’amélioration du cadre de vie aussi bien dans les paysages urbains que ruraux.

Les changements très rapides1 des conditions climatiques prédits vont nécessiter des déplacements d’espèces car elles n’auront pas le temps pour évoluer et s’adapter localement.(…) »

 

1 Pour 22 papillons non-migrateurs européens (sur 35 étudiés), leur limite Nord de distribution a progressé de 35 à 240 km vers le Nord au cours du XXème siècle.

 

« Prise en compte de la TVB dans les infrastructures linéaires de transport (ILT) »
http://www.oree.org/docs/grenelle/ch7grenelle2tvb3.pdf

le 20 novembre 2013, l’eau monte à nouveau dans le talweg du Nolange

Le 4 novembre 2014 après un épisode pluvieux. On voit distinctement le lit mineur du Nolange venant de la Rue des Tanneries via le remblai-parking de GammVert (la cité médiévale est maintenant cachée par les hangars et les pavillons du nouveau lotissement).

 

D’après le recoupement des observations en différents endroits (Bourg Hameau, rues du bas de la cité médiévale, Rue des Tanneries, Route de Saint Martin de Croix), cette montée des eaux était moindre que celle, plus soudaine, survenue le 10 juin 2008 pendant un orage. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Ruisseau de Nolange reprend son cours naturel, exactement comme sur les plans anciens : revoir, par exemple, le descriptif de la Route n° 34 de la limite de la généralité de Franche-Comté à la limite de la généralité du Bourbonnais, portion de Joncy à Tournus
http://www.archives71.fr/_depot_cg71_imgs/AD71EAD/CSUPPC1_7.pdf

 

C’est là, c’est bien là, droit devant, qu’il est prévu d’implanter cette station-service (autorisée par toutes les autorités)

En aval, un ruisseau encore en bon état, un important captage, la Rivière Grosne (protégée), la Saône, le Rhône, la Camargue, la Méditerranée 
 

Ces deux submersions remarquables que nous avons eu l’occasion d’observer en 8 ans* démontrent, s’il en était besoin, qu’il ne s’agit pas d’un événement exceptionnel. D‘ailleurs, les deux crues sont très loin d’avoir l’ampleur des crues classées « catastrophes naturelles » de 1982 et 1983, très loin des crues de 1867 et 1875 (ci-dessous).  

* Vu l’omerta très efficace sur les inondations, et leur négation, il a pu y en avoir d’autres

 

 

 

 

10. L’observation géomorphologique est confirmée par l’historique des inondations…


« (…) Considérant que ce danger de grande crue n’est pas un danger illusoire et que la population de Saint Gengoux le National, a parfaitement conservé le souvenir de la crue de 1867, où les eaux se sont élevées à plus d’un mètre sur la route et ont envahi les maisons voisines (…) »
Il s’agit d’un extrait des c.r. du Conseil Municipal de St Gengoux, 11 septembre 1902.

« la route » est la Route des Tanneries qui longe le Pré A l’Agasse, et « le ruisseau des Tanneries » est décrit comme étant « d’une grande largeur et assez grande profondeur« .
(…) En 1867, une poche d’eau creva dans la montagne. En quelques heures, l’inondation envahit l’école. L’eau monta dans les classes presque jusqu’au plafond (…) ».

Extrait de « Trois siècles d’enseignement libre » par J.D.M. Dutroncy, bulletin La Paroisse, juillet 1938.

L’école était, alors, dans le couvent des Ursulines, l’actuel Foyer Rural, Rue des Tanneries.

Et, en juin 1875, d’après le « Registre d’ordre. Notes diverses 1889-1865« , à la rubrique « Sinistres de 1875 » (pages 75-76), ce sont 150 hectares qui ont été inondés. 150 hectares représentent presque 1/6ème du territoire de la commune (936 ha). Schématiquement, cela correspond à une large part des lits majeurs du Nourue ***, du Nolange et du Chirot.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
***Il est curieux que, vers la Grosne, après sa réunion avec le Chirot, l’Ermite et, d’une manière ou d’une autre*, avec la source de Montvallet (sans oublier la source de Manon qui coule toujours à perte), les cartes récentes donnent au Nolange le nom de Nourue. Cette appellation et la qualification de « ruisseau principal » appliquée à la réunion des ruisseaux vers la Grosne, plus un tronçon de l’Hermite, semble témoigner d’une faiblesse des récentes identifications qui pourraient avoir été influencées par les transformations et les destructions plutôt que de tenir compte de l’histoire et de la géomorphologie

C’est d’autant plus étonnant que ce tronçon était il n’y a pas si longtemps – au moins jusqu’aux années 1930, appelé Mesceau ruisseau de Mesceau, du nom du moulin dont le nom actuel s’écrit : Messeau. Il apparaît, donc, que le même ruisseau – de Nolange, à son origine – change de nom plusieurs fois en descendant vers la Grosne, suivant l’usage qui est fait de son eau (Tanneries, Nourue, Mesceau).

* ru de l’eau non captée ou retour en eaux usées via le lagunage

………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

 

Un détour éclairant par la définition du lit majeur :

Lit * maximum qu’occupe un cours d’eau * dans lequel l’écoulement ne s’effectue que temporairement lors du débordement des eaux hors du lit mineur* en période de très hautes eaux (en particulier lors de la plus grande crue* historique). Ses limites externes sontterminées par la plus grande crue historique. Le lit majeur du cours d’eau permet le stockage des eaux de crues débordantes. Il constitue également une mosaïque d’habitats pour de nombreuses espèces. Cet ensemble d’habitats est aussi appelé « annexe hydraulique* ».

c’est là : http://www.glossaire.eaufrance.fr/concept/lit-majeur


Jusqu’au début de l’année 2013 – date à laquelle nous en avons retrouvé trace, ces crues centennales semblaient avoir été complètement oubliées. Plusieurs autres aussi, par exemple les inondations de mai 1983 :

 


extraits du compte-rendu du Conseil Municipal du 27 mai 1983 
C’est un oubli d’autant plus étrange que les inondations de mai 1983 ont fait l’objet d’un classement pour catastrophe naturelle et que l’on découvre qu’il y en avait eu d’autres, mémorables pourtant, seulement 6 mois auparavant :  
Liste des catastrophes naturelles recensées pour cette commune (Journal Officiel)
Catastrophe naturelle Date début Date fin Date arrêté reconnaissance Date publication au JO
Inondations et coulées de boue 12/05/1983 13/05/1983 21/06/1983 24/06/1983
Inondations et coulées de boue 08/12/1982 31/12/1982 11/01/1983 13/01/1983
Tempête 06/11/1982 10/11/1982 18/11/1982 19/11/1982

Dans la nuit du 12 au 13 mai 1983, l’eau d’un orage a déferlé dans le fond de vallée, donc sur le bas de la cité. Rue des Tanneries, dans ce faubourg où certains veulent implanter une station d’hydrocarbures et un supermarché dans le lit du ruisseau, l’eau est montée très vite et des habitants piégés chez eux appelaient Au secours dans la nuit. Ils sont peu nombreux à se souvenir et ne semblent pas réaliser l’importance de cette mémoire. Les brèves du journal régional révèlent bien cette perte de la connaissance de l’environnement et de l’histoire.

 

En dépit des antécédents (autres crues centennales) et des avertissements des anciens, rien n’avait été préparé, les dégradations (artificialisations) du lit du ruisseau n’avaient pas été effacées, et la suite allait être pire.


… Il est donc d’autant plus étrange qu’aucun repérage des espaces submergés n’ait été fait et que la seule zone inondable déclarée soit cantonnée aux abords de la Grosne, à 3,6 kilomètres en aval.

 

Plus récemment, le 10 juin 2008, l’orage déjà évoqué aurait dû réveiller les consciences…

Au nord de la cité, vers l’amont du ruisseau de Nolange, le remblais de la DDE (submergé) faisait obstacle à l’écoulement des eaux. Du fait de l’enterrement du Nolange dans sa traversée de la cité, le Bourg-Hameau était inondé : l’atelier de la menuiserie était sous 30cm d’eau (conséquence de la restriction à l’écoulement constitué par la première buse) et l’eau passait par-dessus le pont du ruisseau de Nolange (départ de la mise en égout du ruisseau) et s’écoulait dans les rues.

 

En aval de la cité, la Rue des Tanneries était inondée – avant le fameux « déversoir d’orage«  et sa remarquable buse de 1 mètre de diamètre qui interdit l’écoulement des crues dans le lit majeur encore libre de constructions : le Pré A l’Agasse !  Juste après, en allant vers Saint Martin de Croix, le centre des pompiers et la route étaient inondés – comme d’habitude : c’est le lit majeur du Ruisseau de Chirot.

 

Deux brèves du Journal de Saône et Loire ont immortalisé l’événement :

Remarquons particulièrement :

« La rue des Tanneries était submergée ainsi que la route de Burnand avec un violent courant et le carrefour du centre de secours« . En effet, à la sortie sud de la cité, il n’était pas possible de passer sur plusieurs tronçons de route tant le débit était impressionnant.

Aussi :

« Les champs étaient transformés en rivières« … Rien de plus normal : c’est le fond de vallée, le lit majeur du Ruisseau de Nolange, sa zone d’expansion des crues, et c’est au niveau du centre de secours (remarquablement situé !) qu’il est rejoint par le lit majeur du Ruisseau de Chirot *.

* le lit majeur du Chirot et le Pré A l’Agasse (lit majeur du Nolange) ne sont séparés que par une bande de terre étroite et basse qui s’achève juste avant la route transversale (c’est parfaitement visible sur la carte d’état-major du XIXème siècle).

 

Le Journal de Saône et Loire nous fait découvrir une inondation comparable en 1968 – ce qui nous a été caché durant l’enquête. Mais… et les submersions de décembre 1982 et mai 1983 ?


L’orage de juin 2008 
aurait dû rappeler que l’ignorance de l’hydrogéomorphologie la plus élémentaire (entre autres), à laquelle sont dues les destructions successives infligées au ruisseau de Nolange, a déjà coûté très cher – surtout avec les « catastrophes naturelles » de 1982/83… « Naturelles » mais largement aggravées, donc, par les mauvais traitements infligés à la campagne et aux ruisseaux en amont, et par les busages et les nouveaux remblais de la cité. A ce propos, il faut noter que l’écoulement du ruisseau de Nolange, dont le bassin versant a été débocagé, qui a été privé de sa ripisylve, de ses zones humides, de ses méandres, etc., est plus rapide qu’il ne l’a jamais été et que cela accroît les submersions du Bourg-Hameau et du bas de la cité lors des gros orages. Même observation pour le Vernet, le Chirot et l’Ermite.

 

Entre juin 2008 et novembre 2014, date de la dernière submersion que chacun a pu constater au matin d’un grand marché, la mémoire semble avoir été perdue par les défenseurs du projet de station-service les pieds dans l’eau puisque ceux-ci ont osé affirmer que l’inondation la plus récente était de « fréquence centennale » *! Gommées les inondations de 2008, de 1983, de 1982, de 1968, etc. (et toutes celles que nous ignorons encore car nous n’avons pu mener une recherche exhaustive).

* article du JSL du vendredi 18 déc 2015 signé par Thierry Dromard : « Supermarché : le site fait débat« .

 

C’est toute la connaissance de l’eau et la mémoire du risque qui ont été perdues à Saint Gengoux le National – volontairement perdues. Tout aussi étonnant : les services officiels de prévention et de protection de l’eau (?) ont également perdu la mémoire !

 

Pour se faire une petite idée du phénomène auquel Saint Gengoux est exposé, voici une petite crue éclair du Vidourle à l’échelle de la crue des ruisseaux de Saint Gengoux en juin 2008 :

https://www.youtube.com/watch?v=X-qnkehqj0Y

 

 

Et encore, à propos de la relation avec le climat… 

Evidemment, les destructions constatées sont très loin d’avoir l’ampleur de la destruction des forêts primaires qui bouleverse les climats régionaux, déstabilise profondément les échanges atmosphériques et océaniques (par exemple, avec l’oscillation El Niño/La Niña) et participe pleinement à la dégradation climatique planétaire. Cependant, elle est loin d’être un détail à l’échelle de la région et, même, du bassin Rhône Méditerranée. Enfin, tout étant important quand il s’agit de l’eau, de la vie, du climat, on peut avancer que les destructions des têtes de bassin versant, comme à Saint Gengoux le National, ont contribué aussi, entre autres régressions, aux changements en cours. Cela, le stade de gravité où en est la dérive climatique et, simplement, la nature agricole du terrain, auraient dû imposer une étude d’impact qui aurait vite révélé l’absurdité et la nuisibilité du projet. Mais d’étude préalable, point *. Ni d’écoute et de concertation depuis ! 
* Seule une « 
notice paysagère et environnementale » qui, dans le dossier d’instruction du permis de construire, affirme : « Le terrain n’est pas traversé par un ruisseau » !
 

 Il ne serait pas bête de réparer !


 

L’architecture parle aussi

 

Il est assez révélateur que, les maisons anciennes du bas de la cité et des faubourgs du fond de vallée, près du ruisseau, ont des espaces d’habitation nettement surélevés. Ils sont « hors d’eau« .

et, tout d’abord, toutes celles qui ont été détruites, comme pour effacer l’histoire et, du même coup, la mémoire du risque et la connaissance du lieu


photo ACG 2013


photo ACG 2013

 les espaces d’habitation sont hors d’eau dans le Bourg-Hameau et tout le long du Nolange


photo ACG 2013

y compris en allant vers le Pré à l’Agasse, après les arbres à droite

 

 

 

 

 

11. L’oubli officiel de l’eau et des têtes de bassin versant

 



Ces documents, qui abordent plusieurs des problèmes dont souffre la tête de bassin versant de Saint Gengoux, ont été présentés lors d’un colloque sur la protection des ruisseaux…

Pour comble, ce colloque s’est déroulé à Saint Gengoux le National, là même où plusieurs ruisseaux sont enterrés (au total, environ 3 km)

  • au plus bas du fond de vallée,
  • très près de la nappe phréatique,
  • exactement au-dessus d’un ru enterré,
  • à 70 mètres du Ruisseau de Nolange pollué depuis les sources, enterré dans un égout, stérilisé,
  • à 800 mètres de la source de Manon, la source historique de la cité médiévale, gravement polluée depuis une cinquantaine d’années par une décharge brute toujours non curée,
  • et à 250 mètres du Pré A l’Agasse où est programmée la destruction définitive du ruisseau principal de cette petite tête de bassin saccagée d’étape en étape depuis les années cinquante.

Aucun des organisateurs ne pouvait ignorer ces petits détails, mais il n’a pas été question des sources, des ruisseaux et des ripisylves de Saint Gengoux !

 

Autre curiosité : parfois à quelques encâblures seulement des 3 kilomètres de cours d’eau enterrés de Saint Gengoux le National, des techniciens des administrations de la protection des eaux et de l’environnement et des élus du Comité de Rivière mobilisent des subventions et font des plans pour effacer des ouvrages de faible impact écologique, tels des seuils de moulins multi-centenaires. Or, ce sont les mêmes qui refusent de voir le saccage de la tête de bassin versant,
 

 

 

 

12. L’importance de la perte et ses conséquences

Parce que l’eau est l’un des premiers biens communs et, qui plus est, la manne qui a décidé les hommes à s’installer là, la perte de l’eau et de sa culture développée siècle après siècle est très significative. Car, de réduction du ruisseau en canal, en pollution de la source principale, en dégradation de tous les ruisseaux dans les pâturages, en enterrement du ruisseau historique et de plusieurs autres dans des égouts, etc., c’est aussi tout le savoir des anciens qui a été perdu. Pour beaucoup, l’eau est même devenue une gène, voire un sujet de mépris. Cela témoigne d’une rupture radicale avec l’histoire et le pays, donc d’une rupture avec le bien commun et tout ce qui fonde et structure une société adaptée à son environnement. De ce fait, la plupart sont tombés sous l’emprise des industries financiarisées en conquête du marché local et n’ont plus pour ambition que d’ouvrir le plus possible leur village et leur économie aux prédateurs les plus boulimiques. Le processus est mortifère et il est loin d’être rare, mais, là, il est poussé à son paroxysme. Evidemment, il est aussi un grand handicap pour l’évolution nécessitée par la crise écologique et climatique.

ACG

notes

(a)  
Insalubrité ? La pauvreté de l’argumentaire montre la mauvaise foi puisque les pollueurs appartenaient, évidemment, à la population ! L’insalubrité évoquée avait créée de toutes pièces avec une décharge municipale précisément installée dans le lit du ruisseau, en amont *, avec d’autres dégradations au niveau du Bourg Hameau, la diminution du débit du fait de captages excessifs, et de probables déversements d’eaux usées, etc.
* Le déversement de la collecte des fosses septiques dans la nouvelle décharge brute du vallon de la source de Manon nous renseigne sur les pratiques qui polluaient le Nolange.

(b
Pas seulement à Saint Gengoux, hélas. C’est une époque où l’on a beaucoup détruit inutilement. Cependant, à Saint Gengoux, la destruction du patrimoine s’est poursuivie à grande échelle jusqu’aux années 1980-90 (réalisation de l’îlot HLM de l’Abondance au détriment des maisons médiévales, par exemple).

(c)
Sous l’autorité du préfet de département, la DDA (direction départementale de l’agriculture) était un Service public de proximité effectuant des missions relevant d’abord du ministère de l’Agriculture et de la Pêche mais aussi du Ministère de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire.
(…) la DDAF adoptait et mettait en œuvre, au niveau départemental, les politiques publiques relatives aux productions agricoles et forestières, à la protection et à la gestion de l’eau et de l’environnement, à l’aménagement et au développement de l’espace rural. 


Les principales missions des DDAF étaient les suivantes :

  • l’économie agricole et agroalimentaire départementale avec notamment le soutien aux exploitations agricoles et aux industries agroalimentaires ;
  • l’aménagement rural et le développement local avec notamment l’appui aux collectivités ;
  • la forêt et le bois ;
  • l’eau et l’environnement avec notamment la gestion et la police des eaux, la protection de la nature, l’organisation et l’exercice de la chasse et de la pêche ;
  • la politique sociale agricole ;
  • les statistiques agricoles. (…)


. . . On pouvait s’en douter, la DDA, un service public, donc au service du bien commun, n’était pas chargée de dévaster les ruisseaux, les ripisylves, les continuités écologiques, etc., comme à Saint Gengoux le National, mais, tout au contraire, de les protéger.




(d)

La décroissance de la diversité biologique est connue… 
« (…) Cependant, on constate que cette biodiversité régresse, plus ou moins fortement selon les territoires. Parmi les écosystèmes les plus menacés figurent les vallées alluviales et les zones humides. Ainsi, plus du tiers des prairies inondables de Saône-et-Loire et de Côte-d’Or ont disparu au cours des 40 dernières années. Dans les espaces agricoles où les haies ont été réduites de près de moitié en 50 ans, la biodiversité s’est fortement appauvrie. 
(…) 
la Bourgogne s’est dotée d’un plan régional en faveur de la biodiversité en 2006 visant à améliorer la connaissance du patrimoine naturel régional, préserver la biodiversité, développer le tourisme de nature et favoriser les activités agricoles et forestières  respectueuses de l’environnement. Enfin, une étude d’identification, de préservation et de restauration de la trame écologique bourguignonne a été lancée en 2009 et une stratégie régionale de la biodiversité sera prochainement élaborée. »
(La biodiversité en Bourgogne : une richesse pour l’avenir, enjeux et perspectives)

Et l’on a vu apparaître, en effet, cette « stratégie régionale pour la biodiversité » dans des textes purement théoriques.

Quelle traduction pratique ? Une seule indication :
« Pour vous associer à la démarche : tenez-vous informé(e), consultez le site internet : http://www.strategiebiodiversite.bourgogne.fr
Faites entendre votre voix auprès de vos représentants, membres du Comité Régional Biodiversité…
« 

Mais, en plusieurs endroits (comme à Saint Gengoux le National), l’opération semble ne pas exister puisque personne ne s’est, jusqu’à présent, intéressé aux réalités de terrain et n’a daigné répondre aux associations, à commencer par ces « représentants, membres du Comité Régional Biodiversité« .

(d bis) La raréfaction des oiseaux est partout constatée. Parmi ses causes : la destruction des écosystèmes et l’abus des pesticides, comme à Saint Gengoux.

La sixième extinction de masse est en cours

www.lemonde.fr/planete/article/2015/06/20/la-sixieme-extinction-animale-de-masse-est-en-cours_4658330_3244.html#0qy3yyehTljqmVie.99

 

un livre :

Biodiversité : vers une sixième extinction de masse, par R. Billé, P. Cury, M. Loreau et V. Maris, La Ville Brûle 2014

 

Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction

http://advances.sciencemag.org/content/advances/1/5/e1400253.full.pdf

 

Common European birds are declining rapidly while less abundant species’ numbers are rising

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ele.12387/full

 

Dramatique déclin des papillons en Europe

http://www.actu-environnement.com/ae/news/papillons-declin-rapport-AEE-habitats-19135.php4

Biodiversité : disparition de la moitié de la population des papillons de prairie en seulement 20 ans

http://www.actu-environnement.com/ae/news/papillons-declin-rapport-AEE-habitats-19135.php4

 

 

 

 

 

 

13. Les articles parus sur les mauvais traitements infligés à cette tête de bassin versant

Journal de Saône et Loire avril 2015

Journal de Saône et Loire mars 2015

 

 

L’eau perdue de Saint Gengoux… et la dégradation de la qualité des eaux de l’aval

N°29 ACE ARCONCE (2ème semestre 2014)

(Association des usagers de l’eau et de l’assainissement et pour l’environnement)

http://www.ace-arconce.fr/source.htm

 

 

 

site de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée juillet 2015

http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7716/un-ruisseau-a-sauver-d-urgence–le-nolange#.U7qqE6uqD_M

 

 

 

site de l’Agence Rhône Méditerranée juin 2015

http://www.sauvonsleau.fr/jcms/c_7681/l-eau-perdue-de-saint-gengoux—-et-la-degradation-de-la-qualite-des-eaux-de-l-aval#.U7VnPquqD_M,

 

St Gengoux : un exemple national

sur le site de l’OCE en mai 2014 :

http://oce2015.wordpress.com/2014/05/27/st-gengoux-un-exemple-national/

 

 

On achève bien les rivières, ou l’histoire désolante d’une destruction ordinaire

http://www.reporterre.net/spip.php?article5634

 

 

ST GENGOUX LE NATIONAL : un centre commercial et une station service sur un ruisseau ?

publié en février 2014 sur le site de la Confédération des Associations de Protection de l’Environnement et de la Nature

 

http://www.capen71.org/dossiers-particuliers/super-marche-de-saint-gengoux-le-national-1-41.htm

 

 

On achève bien les rivières

sur Les Eaux glacées du calcul égoïste

en janvier 2014

http://www.eauxglacees.com/On-acheve-bien-les-rivieres-par

 

 

 

Menace de destruction définitive d’un cours d’eau du Clunysois

sur le site de l’OCE (Observatoire de la Continuité Ecologique et des usages de l’eau)

en novembre 2013


http://oce2015.wordpress.com/2013/11/17/des-rivieres-perdues/

 

 

La suite du dossier :
http://www.planetaryecology.com/index.php?option=com_content&view=article&id=167:l-eau-perdue&catid=9&Itemid=470

 

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